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Edition originale illustrée de dessins de Jean-Jacques Sempé.
Agréable exemplaire.
Envoi autographe signé de Jean-Jacques Sempé à une femme prénommée Bernadette enrichi d'un dessin original représentant un coin d'immeuble et un feu de signalisation passant au vert.
Cher Sempé, comme dans une phrase de Proust, on ne voit pas immédiatement où votre dessin veut en venir, jusqu'à ce que soudain un détail, microscopique, devienne la chose la plus importante de la page et illumine l'enemble qui revêt une clarté prodigieuse. Les montagnes que vous griffonnez (embouteillages, Sempé foules, immeubles, magasins) sont mis à la disposition des souris (mamies, comptables quinquagénaires, promeneurs solitaires). L'infime n'est pas insignifiant: les destins habitent l'arrière-cuisine et l'aventure s'assied sur les bancs publics. Rien n'est plus important au monde qu'un pigeon qui s'envole. Si, pardon : celui qui le regarde s'envoler. La Lune n'est pas intéressante: moins en tout cas que le doigt de celui qui la montre. Car aucun doigt ne se tend jamais de la même façon. Vous êtes le roi pour déceler dans les micro-changements de la société ce qu'on avait confusément ressenti sans pouvoir l'exprimer. D'ailleurs, la réalité se met parfois à faire du Sempé, préférant prendre les devants. En se promenant, on finit par voir ce que vous auriez vu. Mais ce n'est qu'une illusion: vous êtes déjà en train de percevoir autre chose, cela même qui nous avait échappé. Nous admirons le pont ? C'était le lampadaire qui était passionnant. On admire la vue depuis le balcon ? C'était par l'embrasure qu'il fallait regarder. Vos dessins nous laissent une deuxième chance: ils nous mettent sous le nez ce que nos sens avaient raté. Séance de rattrapage. Chacun de vos traits est nécessaire, comme en jazz une note doit être jouée là où l'attend toute l'œuvre, où l'exige toute l'histoire de la musique. Oui, vous êtes notre Proust: précis, sensible, profond et qui, comme les mouches, perçoit le monde à la manière d'un kaléidoscope qui restitue, en un seul flash, toutes les facettes du réel. (article de Yann Moix, critique de "Un peu de Paris")