
Édition originale, publiée en sept volumes de texte entre 1874 et 1890, les quatre premiers chez Michel Lévy frères, les trois suivants chez Calmann-Lévy, ancienne maison Michel Lévy frères. Un des très rares exemplaires imprimés sur vergé de Hollande, tirage de grand papier non mentionné à la justification et demeuré non recensé par les bibliographies consultées. Cf. Vicaire VI, 397-398 ; F. Monaghan, p. 74, n° 1157.
Les sept volumes sont brochés, à toutes marges et avec témoins conservés. Petites déchirures marginales, quelques manques localisés à certains dos et plats.
Exemplaire bien complet de son atlas in-folio contenant 30 cartes, dont les contours sont rehaussés de couleurs. Reliure de l’époque en pleine percaline bleu foncé, dos lisse, pièce de titre contrecollée au dos, chiffre doré sur le plat supérieur. Quelques éraflures sur les plats.
L’atlas provient de la bibliothèque du Cercle de l’Union Artistique, dit « Les Mirlitons », dont il porte le chiffre doré ainsi qu’un cachet sur une garde. Fondé en 1860, ce cercle mondain et artistique parisien fusionna en 1888 avec le Cercle des Champs-Élysées, avant d’être absorbé en 1946 par le Nouveau Cercle de la rue Royale.
Petit-fils de Louis-Philippe et héritier de la maison d’Orléans, Louis-Philippe-Albert d’Orléans, comte de Paris (1838-1894), se trouve encore en exil lorsqu’éclate la guerre de Sécession. En septembre 1861, il s’engage dans l’armée de l’Union avec son frère Robert, duc de Chartres, et devient capitaine et aide de camp du général George B. McClellan, commandant de l’Armée du Potomac.
Il prend part à la campagne de la Péninsule, au siège de Yorktown, puis aux combats de Williamsburg, Fair Oaks et Gaines’ Mill. Cette dernière bataille, livrée le 27 juin 1862 au cours des Seven Days Battles, le place directement au cœur de l’une des phases les plus critiques de la campagne de McClellan contre Richmond. Le comte de Paris quitte l’armée fédérale à l’été 1862 ; les biographies traditionnelles mettent ce départ en relation avec les tensions croissantes entre la France et les États-Unis suscitées par l’intervention de Napoléon III au Mexique, tandis que sa lettre officielle de démission invoque plus sobrement des raisons personnelles imposant son retour en Europe.
Douze ans plus tard, cette expérience militaire devient le point de départ d’une entreprise historique d’une tout autre ampleur. À partir de 1874, le comte de Paris entreprend de raconter méthodiquement la guerre qu’il n’avait lui-même connue que dans sa première phase. Aux souvenirs personnels de l’officier viennent ainsi s’ajouter l’étude des documents militaires, des témoignages et de la littérature consacrée au conflit, dans une vaste synthèse poursuivie pendant près de vingt ans.
Les trente cartes de l’atlas donnent à cette ambition historiographique son prolongement visuel. Elles permettent de suivre campagnes, mouvements d’armées et champs de bataille avec la précision attendue d’un ancien officier d’état-major, et font de l’ensemble bien davantage qu’un récit politique ou mémoriel : une véritable histoire militaire du conflit pensée avec ses opérations et ses terrains.
L’entreprise devait toutefois rester inachevée. Les sept volumes publiés conduisent le récit jusqu’aux campagnes de 1863-1864, sans parvenir jusqu’à l’effondrement final de la Confédération en 1865. Cet inachèvement ne diminue guère l’ampleur du projet : par sa documentation, son expérience directe des opérations de 1862 et son vaste appareil cartographique, l’Histoire de la guerre civile en Amérique demeure l’une des grandes synthèses contemporaines de la guerre de Sécession publiées en français.
Dans ce rare exemplaire sur Hollande, resté broché à toutes marges et accompagné de son atlas complet, la trajectoire de l’auteur donne au livre une résonance singulière : le prince français engagé sous l’uniforme fédéral en 1861 devient, une décennie plus tard, l’historien méthodique d’une guerre dont il avait d’abord parcouru les champs de bataille.