
Edition originale illustrée de 4 planches hors-texte (dont le portrait de Gustave Eiffel en frontispice), de 103 figures dans le texte, et, in-fine de 7 planches dont une carte dépliante en couleurs indiquant les points visibles du haut de la tour Eiffel.
Reliure de l'éditeur en pleine percaline bordeaux, dos lisse légèrement éclairci orné de caissons agrémentés de motifs décoratifs à froid, encadrement de filets à froid sur les plats, inévitables légers frottements sans gravité sur les mors, gardes et contreplats de papier bleu marginalement décolorés comme souvent, tranches mouchetées.
Précieux envoi autographe signé de Gustave Eiffel à Gabriel Hanotaux sur la page de faux-titre de sa grande oeuvre retraçant l'histoire de la tour depuis ses origines jusqu'après l'Exposition universelle de 1900, poursuivant son récit jusqu'en novembre 1901. Là où La Tour de 300 mètres décrit les aménagements de 1900 comme un projet, (« L'éclairage de la Tour sera entièrement électrique »), son créateur achève de relater dans La Tour en 1900 le portrait de sa dame de fer et de ses ambitieuses transformations.
En regard de cette dernière figure cette note manuscrite signée de Gabriel Hanotaux : "à ne pas séparer du Grand Atlas manuscrit de la tour Eiffel qui fait partie de mes collections".
Cet envoi autographe a d’ailleurs été signalé par Emmanuelle Haim Masson : « à l’Exposition suivante de 1900, la dédicace de Gustave Eiffel en première page de son livre La Tour Eiffel en 1900 [qui] souligne la persistance de sa proximité avec l’élite parisienne. Dédiée « à Monsieur Gabriel Hanotaux de l’Académie française, hommage respectueux de G. Eiffel », elle insiste en particulier sur la récente élection de l’ancien ministre à l’Académie française. » (Gabriel Hanotaux et les élites parisiennes : la construction d’un réseau mis au service de la France, in Dasque, Isabelle, et al., (éd.), Deux grandes figures de l’amitié franco-américaine : Gabriel Hanotaux et Jules Jusserand, 2023).
Hanoteaux deviendra le grand hagiographe de la France, l’historien national par excellence, avec sa monumentale Histoire de la nation française puis celle des colonies françaises. Qui de mieux pour recevoir cet ouvrage sur la tour qui s’imposait déjà comme un incontournable symbole national ? Gabriel Hanotaux a également publié des écrits sur cette période de grands changements architecturaux et industriels, incluant son étude intitulée Les Hommes de 1889, année de l'inauguration de la tour. Il reste également célèbre pour avoir œuvré pendant son ministère aux affaires étrangères au renforcement des liens diplomatiques entre les Etats Unis d’Amérique et la France, et compta parmi les premières voix appelant à la construction d’un autre chef d’œuvre parisien, la fameuse mosquée de Paris.
On suit dans ces pages l'incroyable épopée des nombreux ballons et autres dirigeables, qui ont dansé autour de la dame de fer : La tour en 1900 retrace l'exploit du vol de Santos-Dumont qui contourne la tour en trente minutes, prouvant pour la première fois qu'il est possible de diriger un aéronef de manière autonome dans le ciel parisien. Eiffel y ajoute ses vues sur le rôle de la Tour pour les dirigeables : elle sert en effet de « bouée aérienne », permet la mesure du vent à 300 m et fournit une antenne indispensable à la télégraphie sans fil. La tour reçoit aussi à l'occasion de l'Exposition de prestigieuses visites diplomatiques (Krüger, le roi de Luang-Prabang, l'archiduc Charles-Ferdinand, Ranavalona en 1901) ainsi que des réceptions inaugurales, les banquets pour les ingénieurs étrangers scrupuleusement décrits avec des extraits de toasts (néerlandais, russe, mexicain, italien, norvégien, danois, belge), le Congrès international de météorologie... . A cet impressionnant ensemble s'ajoutent les nombreuses améliorations apportées à la tour depuis 1889, notamment la mise en marche des ascenseurs et surtout l'électrification totale de la tour qui se dispense définitivement des becs de gaz. Les tentatives d'aménagement de la tour ne se sont pas faits sans quelques inévitables heurts, également relatés par Eiffel entre ces pages. Le plus spectaculaire, sans compter les chutes de dirigeables, est notamment l'échec d'un projet de cinématographe géant, dont l'écran de 800 m² attaché à la tour ne résista pas aux assauts du vent.
Importante offrande d’Eiffel à un monstre sacré de la IIIe République, artisan de l’amité franco-américaine à laquelle l’ingénieur contribua également par son travail sur la statue de la Liberté.