
Edition originale pour laquelle il n'a pas été tiré de grands papiers. publiée confidentiellement par la Société des Éditions Franc-Tireur, maison issue à la Libération du journal clandestin du même nom, l'un des principaux titres de la presse de la Résistance en zone sud.
L'avant-propos est signé Georges Altman, rédacteur en chef de Franc-Tireur, qui fut lui-même l'homme par qui Marc Bloch entra dans la Résistance en 1943.
Portrait photographique de Marc Bloch en frontispice.
Dos et plats légèrement et marginalement insolés comme habituellement, quelques petites rousseurs sur les plats.
Rédigé d'une traite durant l'été 1940 dans la Creuse, au lendemain immédiat de la débâcle, ce texte que Bloch intitule lui-même « Témoignage » demeura inédit jusqu’après sa mort : le manuscrit, confié pour sa protection à un ami géographe puis caché par des résistants, échappe de peu à une patrouille allemande avant d'être finalement enterré, puis récupéré.
Au-delà du réquisitoire militaire, ce texte doit sa portée à la méthode même de son auteur : Bloch y applique à l'événement brûlant les outils critiques de l'historien, retournant sur lui-même et sur son pays le regard qu'il portait d'ordinaire sur le Moyen Âge. Sa critique du haut commandement se double constamment de remarques sur les causes profondes du désastre avec une clairvoyance unique en dépit de l'absence de recul historique. C'est cette lucidité, fondée sur l'honnêteté intellectuelle et le refus de se dérober devant les faits, qui vaut aujourd'hui au texte sa place bien au-delà du seul cercle des historiens de la période.
Bloch, historien médiéviste, cofondateur avec Lucien Febvre de la revue Annales en 1929, professeur à Strasbourg puis à la Sorbonne, se voit exclu de l'enseignement par le statut des Juifs d'octobre 1940, avant d'obtenir une dérogation et un poste à Montpellier. La même législation le contraint à disparaître de l'ours des Annales, qu'il continue cependant d'alimenter sous le pseudonyme de « M. Fougères » ; son nom n'y reparaîtra, précédé d'une croix noire, qu'après sa mort.
Réfugié à Lyon, il est recruté dans la Résistance par Georges Altman, qui dirige alors clandestinement le mouvement et le journal Franc-Tireur ; Bloch y prend le pseudonyme de « Narbonne » et devient, en juillet 1943, l’un des trois membres du directoire régional des Mouvements unis de la Résistance. Arrêté par la Gestapo en mars 1944, torturé, il est fusillé le 16 juin 1944 près de Lyon. C'est donc à titre posthume que paraît, en 1946, ce texte fondateur de l'introspection française sur la défaite de 1940, préfacé par l'homme même qui avait conduit son auteur dans la clandestinité.
La panthéonisation de Marc Bloch en juin 2026, aux côtés de son épouse Simonne, donne à ce texte une résonance particulièrement actuelle : L'étrange défaite y occupe une place centrale. Une adaptation scénique à même été donnée dans la nef du monument quelques jours après la cérémonie.
Précieux exemplaire tel que paru de ce témoignage majeur sur l'effondrement de 1940, publié à petit nombre d'exemplaire par la maison d'édition issue du mouvement de Résistance au sein duquel il combattit, avec l'hommage de celui qui l'y avait conduit.