
Edition originale en deux tomes de la série Commentaires sur la guerre des Boches. Exemplaires numérotés sur papier vergé d'Arches pour les deux volumes, tirage de tête.
Couvertures imprimées légèrement salies, dos et marges du premier plat du premier volume insolés, légères déchirures aux coiffes, plis angulaires aux feuillets et tache d'encre en marge du premier volume. Quelques passages mis en exergue au crayon à papier dans le premier volume. Le deuxième volume est à toutes marges.
Envoi autographe daté et signé "S." d'André Suarès à Ventura García Calderón sur la première garde légèrement ombrée du premier volume : "A Mr. V. García Calderon, votre deuil redouble nos sympathies. S. 7 - IX - 1916".
Ce texte du normalien André Suarès, rédigé et publié en pleine guerre, cherche à disqualifier intellectuellement et moralement l'Allemagne wilhelminienne. Le titre même éclaire une opposition centrale : la nation, conçue à la française comme une communauté politique et volontaire, contre la race, catégorie biologisante mobilisée par la pensée pangermaniste et certains théoriciens allemands pour justifier une hiérarchie des peuples et les visées expansionnistes du Reich.
Cet exemplaire, enrichi d'un envoi autographe à l'écrivain et diplomate péruvien Ventura García Calderón, témoigne de l'estime réciproque d'auteurs engagés pour la France. Fils d'un homme d'État péruvien exilé en France, Ventura García Calderón, né à Paris en 1886, avait très tôt quitté la capitale avant d'y revenir s'installer en 1906 et y passer l'essentiel de sa vie, partageant son temps entre carrière diplomatique et vie littéraire. Le message que lui laisse Suarès dans ce volume renvoie au drame qui venait de frapper la famille de son destinataire : le frère de Ventura, José García Calderón, artiste et écrivain enrôlé dans l'armée française en tant qu'observateur d'artillerie en ballon, avait été tué en mai 1916 à la bataille de Verdun.
Autre affinité que partagèrent les deux écrivains, tous deux publièrent cette même année 1916 des textes consacrés à Miguel de Cervantès : Suarès avec Cervantès, et García Calderón avec Une enquête littéraire : Don Quichotte à Paris et dans les tranchées. Bien que ce dernier traite d'une figure littéraire devenue intemporelle, l'ouvrage s'inscrit parfaitement dans son temps : il interroge la réception française de Cervantès et de son héros en pleine guerre, cherchant à mesurer la résonance d'une figure espagnole dans l'imaginaire national français, y compris auprès des combattants.
Exemplaire offert à un francophile péruvien, portant la marque de son double deuil - pour la France, son pays d'élection martyrisé par le conflit avec l'Allemagne, et pour son frère qui venait de succomber à Verdun.