
François Crucy (1875–1958), de son vrai nom Maurice-François-Marie Rousselot, est l’une des figures les plus engagées du journalisme politique français de l’entre-deux-guerres. Fils d’un banquier nantais, il a débuté à L’Aurore aux côtés de Clemenceau, avant de rejoindre L’Humanité, L’Œuvre et Le Petit Parisien. Militant socialiste déterminé, il collabore à diverses publications de gauche et s’intéresse au rapprochement franco-allemand de l’après-guerre — ce qui expliquerait le choix de Benoist-Méchin de lui adresser cette traduction d’un dramaturge expressionniste allemand au pacifisme affiché.
Singulier envoi, dont l’histoire révélera toute l’ironie : Crucy rejoindra la Résistance et deviendra, à la Libération, le deuxième président-directeur général de l’Agence France-Presse ; Benoist-Méchin deviendra l’éminence grise de l’amiral Darlan et le champion de la collaboration d’État avec le IIIe Reich, condamné à mort en 1947 par la Haute Cour de justice. En 1925, rien ne laisse présager ce destin inversé.