Volume regroupant les éditions originales des seuls ouvrages théâtraux, une tragédie et deux tragi-comédies, de l'écrivaine Marie-Catherine de Villedieu, première théoricienne du roman historique, célèbre en son temps et au début du XVIIIe siècle en France et en Angleterre, avant d'être reléguée à tort au second rang.
Plusieurs travaux de ces dernières années mettent en lumière la carrière prolifique de l'unique femme à avoir vécu de sa plume au Grand Siècle, dont les œuvres influençèrent vraisemblablement celles de Madame de La Fayette et Molière, notamment Le Misanthrope.
Exemplaire orné de bandeaux, initiales et culs-de-lampe élaborés, dont certains présentant des créatures fantastiques.
Reliure postérieure en pleine basane brune marbrée, dos à cinq nerfs ornés de fleurons de forme circulaire, de filets et du titre, les trois dorés, roulette dorée sur les coupes, tranches rouges, contreplats et gardes de papier marbré. Ex-libris d'époque à l'encre brune sur la page de titre.
Brunissure en partie supérieure du dos et des plats, discrets trous de vers aux mors et à la coupe inférieure, rognure de gouttière moins régulière qu'en tête et en queue, coins émoussés, reliure courte de marges.
Brunissures marginales aux contreplats, gardes et dans le corps de texte, quelques rousseurs éparses.
Dans Manlius, défaut de papier à la p. 33 affectant quelques lettres et déchirure sur 2,5 cm en partie restaurée aux extrémités des pp. 63 et 64.
Pour chacune des trois pièces, le privilège fut partagé entre plusieurs libraires. Le Favori, à l'instar de l'édition publiée par Thomas Jolly, ne contient pas non plus l'épître à Monseigneur de Lionne, présente en revanche chez Louis Billaine.
Avant de s’illustrer comme dramaturge, la femme du monde Marie-Catherine Desjardins se fit connaître à travers ses poèmes, dont Jouissance. Ce titre plus que suggestif est à l'image de la vie que mène la jeune aventurière au début des années 1660 ; elle habite seule depuis sa minorité, situation très peu commune pour l'époque, et côtoie ouvertement depuis deux ans Antoine de Boësset, sieur de Villedieu, à qui elle empruntera en 1665 le nom, sans qu'il y eût jamais d'union devant l'Église. Lorsqu'elle change de cap pour la dramaturgie, elle s'inspire du style cornélien et se voit couronnée de succès :
« "Manlius" reste à l'affiche pendant presque un mois, semble-t-il, avant que Le Baron de la Crasse de Poisson ne le remplace en juin : début honorable, sinon triomphe éclatant. Onze mois plus tard, au beau milieu de la querelle autour de la "Sophonisbe" de Pierre Corneille, Paris voit la création d'une deuxième pièce de sa main, une tragédie imprégnée d'exotisme oriental, [...]. Bien qu'on retirât "Nitétis" au bout de quelques semaines, rien ne donnait à penser que la jeune dramaturge venait d'écrire sa dernière pièce tragique fait qui la relègue irrémédiablement parmi les minores, car l'engouement, ou, plutôt, la curiosité du public parisien pour le phénomène que représentait "l'œuvre d'une Fille" était toujours vive. Sa troisième pièce, "Le Favory", qui donnait dans le genre comique, fut créée par Molière un an plus tard, le 24 avril 1665. À la différence des deux pièces précédentes, elle fut même reprise devant le roi à Versailles en juin 1665, et au Palais-Royal en août-septembre de la même année, puis en mars et en août 1666. »
Valérie Worth-Stylianou, "'C'est, pourtant, l'œuvre d'une Fille' : Mlle Desjardins à l'Hôtel de Bourgogne", Oxford Brookes University
En seulement trois années, Marie-Catherine Desjardins se fit une place parmi les éminents dramaturges de son temps, avant même que Jean Racine s'impose. Cette audace qui la caractérisait dans la vie transparut également dans son art, qui ne se limita pas à la simple imitation de modèles. Sa patte très singulière, qu'elle défendra dans ses écrits à venir, apparut dès son premier essai théâtral, Manlius :
« Attaquée pour sa déformation de l'histoire romaine, la pièce témoigne en fait de l'émergence d'une nouvelle conception de l'Histoire, que l'autrice allait formuler dans la préface de ses "Annales Galantes" (1670), que Saint-Réal théoriserait dans "De l'usage de l'histoire" (1671), et que l'on retrouve encore chez Saint-Évremond.
Établissant la passion amoureuse comme l'ingrédient vital qui impulse les intrigues de l'histoire politique, elle accorde la primauté aux héroïnes, comme en témoigne encore "Nitétis", la plus romanesque de ses pièces, qui fut représentée en 1663 à l'Hôtel de Bourgogne sans grand succès. Derrière la galanterie des vers, se dévoile une critique de l'absolutisme confrontant l'autonomie du sujet au pouvoir absolu d'un monarque tyrannique. »Dossier Pédagogique, "Le Favori" de Madame de Villedieu, Prologue et Mis en scène Aurore Evain, création avril 2015
Éditions originales des pièces redécouvertes depuis peu de Mme de Villedieu, qui laissa sa marque sur le théâtre français et qui parvint, dans une époque où l'étiquette et les règles du classicisme régnaient en maître, à écrire de sa manière, c'est-à-dire « pleinement avec le cœur » (Writing Straight From the Heart, Roxanne Decker Lalande, 2000).