Bulletin de souscription pour l'achat d'un exemplaire de "Maltraité de peinture" de Jacques Hérold
Agréable exemplaire.
Le Surréalisme, c’était mieux avant !
Un siècle de matérialisme n’aura pas réussi à contraindre la profonde modernité du geste surréaliste qui, depuis 1921, provoque à chacune de ses « manifestations », une révolution des sens et des consciences.
Si d’aucuns déclarent aujourd’hui la mort du Surréalisme,
il n’en demeure pas moins que son cadavre est exquis...
Édition originale rare, avec la couverture et le titre à la date de 1874.
Reliure en demi maroquin noir à coins, dos à cinq nerfs, date en queue, filet doré sur les plats, contreplats et gardes de papier peigné, plats de couverture conservées, tête dorée, reliure signée Alix.
Imprimée en 1869 par Lacroix, cette édition ne fut pas mise dans le commerce par crainte de la censure. Seuls une dizaine d'exemplaires furent brochés et remis à l'auteur (cinq ont été recensés à ce jour). En 1874, Jean-Baptiste Rozez, autre libraire-éditeur belge, récupère le stock et publie l'ouvrage avec une couverture et une page de titre de relais à la date 1874, et sans mention d'éditeur.
C'est dans sa librairie que les poètes de la Jeune Belgique découvriront les premiers ce texte.
Littérature du vertige à la limite du soutenable, de l'outrance adolescente, d'une noirceur totale, Les Chants de Maldoror, ou l'épopée d'une figure du mal errant dans le monde, devint célèbre grâce aux surréalistes qui en firent un véritable manifeste esthétique.
Bel exemplaire élégamment établi.
Photographie originale, tirage argentique d'époque sur papier crumière, réalisée à l'occasion de l'exposition surréaliste de Paris en 1938. Impression « Wide World Photos – Services photographiques The New York Times » au verso.
Précieux témoin photographique d'un rare « Cadavre exquis » plastique du père du Surréalisme.
Papillon ronéotypé encollé au dos du cliché : « L'exposition internationale du surréalisme 1938 s'est ouverte à la galerie des Beaux-arts. Paris. Que penser de cette curieuse « commode » aux jambes de femme ? Photo NYT Paris Fre. 18.1.38 DB »
Importante lettre autographe de René Magritte à André Bosmans, datée du 9 janvier 1965 et signée de ses initiales. 35 lignes à l'encre noire sur un feuillet à en-tête « René Magritte 97, rue des Mimosas, Bruxelles 3 Téléphone 15.07.30 ». Quelques mots biffés et des passages soulignés.
Publiée dans les Lettres à André Bosmans 1958-1967, Seghers I. Brachot, 1990, pp. 407-408
Lettre à la fois humoristique et d'une grande profondeur philosophique, dans laquelle le peintre surréaliste René Magritte aborde la question de l'imagination et de l'inspiration. On y trouve une fine analyse des enjeux de l'esthétique et de la pensée modernes, alors que le peintre cherche l'inspiration pour réaliser la couverture du prochain XXème siècle, journal d'avant-garde artistique et littéraire (numéro XXV, juin 1965).
Magritte adresse cette lettre à son grand ami André Bosmans, instituteur, poète et rédacteur en chef de Rhétorique, revue littéraire à laquelle Magritte contribua activement. Le peintre, alors en pleine maîtrise de son art, jouit d'une reconnaissance internationale depuis le début des années 1960. Son œuvre a déjà fait l'objet de nombreuses rétrospectives en France et en Belgique, et sera célébrée outre-Atlantique quelques mois plus tard au Museum of Modern Art de New York.
Sa lettre est partagée entre humour et réflexion psychologique. On retrouve l'habituel goût de Magritte pour l'ironie : « Voici en retour l'extrait du journal La Meuse. Le sérieux des conseils aux femmes enceintes devient cocasse lorsqu'il accompagne cette reproduction d'une gouache faite il y a trente ans environ. Il s'agit sans doute “d'humour” pour les gens sérieux ? ». Un quotidien liégeois avait en effet emprunté pour un de ses articles une gouache surréaliste de Magritte, intitulée Maternité, où la mère était représentée avec un visage de bébé et le bébé avec un visage de femme.
Après cet aparté, Magritte entretient Bosmans d'un projet de tableau destiné à une revue : « Je ne sais pas encore ce que je peindrai pour la couverture du prochain XXème siècle ». La revue d'art Le XXème siècle avait été fondée en 1938 par un journaliste italien correspondant à Paris, Gualtieri di San Lazzaro, et paraissait sous la forme d'un cahier annuel sur les tendances de l'art moderne, agrémenté de lithographies et d'œuvres originales. Magritte y figure aux côtés de Giorgio de Chirico, son idole, mais aussi Kandinsky, Jean Arp, et Joan Miro, ainsi que de nombreux autres artistes pionniers ou héritiers du surréalisme. Chaque numéro était consacré à un sujet d'actualité différent, avec des interventions de critiques, d'artistes et d'écrivains.
Magritte dissèque pour Bosmans le titre du prochain numéro (« Aux sources de l'imaginaire »), qui selon lui, symbolise toute une époque devenue esclave de l'inconscient depuis la révolution surréaliste : « L'imaginaire » remplace peut-être actuellement « l'Idéal » d'un temps passé. Au lieu d'un musée idéal, c'est à présent musée imaginaire. L'expression propre serait je crois : recensement ou catalogue du musée parfait. » Reprenant le célèbre paradigme d'André Malraux, le « musée imaginaire », Magritte souligne le passage du romantisme au surréalisme : ce remplacement de la poursuite d'un idéal par l'ouverture sur le rêve et le fortuit. Il fait également la critique de l'expression ampoulée du XXème siècle : « C'est l'imaginaire médiocre qui est responsable (la source, pour parler au figuré comme le XXème siècle) de ce qui n'a de valeur qu'imaginaire. » Car chez Magritte, il existe une distinction fondamentale entre imaginaire et imagination, entre rêverie et création. Pour cet artiste profondément sensible aux paradoxes de la réalité et au rôle du mystère dans la vie et dans l'art, l'imagination n'est rien sans être créative. Ses toiles empruntes de « réalisme halluciné » démontrent cette conviction, comme son célèbre Homme au chapeau melon (collection particulière, 1964), ou encore sa série de l'Empire des lumières (musée Solomon R. Guggenheim et MoMA de New York, Collection Peggy Guggenheim à Venise, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, 1953-1954).
Le peintre nous offre sa propre définition cryptique et fascinante de l'imaginaire : « L'imagination qui a le pouvoir, afin de ne pas la confondre avec l'imagination stérile devrait s'appeler : l'inspiration, lorsque la poésie est en question. Elle n'a pas à être géniale, ni extraordinaire. L'imagination limitée à l'invention d'une machine, à la solution d'un problème (Euréka) est géniale. ». On remarque dans cette phrase que la poésie se place en tête de la hiérarchie des genres selon Magritte, qui chercha toute sa vie à provoquer chez le spectateur un « état poétique » et inséra même le langage dans ses compositions (L'Apparition, 1928, Staatsgalerie de Stuttgart, La trahison des images, 1929, musée d'art moderne de Bruxelles). Il achève sa lettre sur une conclusion des plus étranges – sa propre nomenclature des imaginaires : « Je distingue donc : / Imagination géniale / Imagination médiocre / Et inspiration »
Fascinante lettre de Magritte qui mêle l'ironie et la conviction, la philosophie et la fantaisie, à l'aube de la création d'une nouvelle œuvre.
Dessin original à l'encre et à l'aquarelle, sur papier fort, signé à l'encre en bas à droite du monogramme d'Henri Michaux « HM ». Un infime accroc sans manque en tête de la feuille.
Le dessin a été authentifié par M. Franck Leibovici, ayant-droit d'Henri Michaux, et sera intégré au catalogue raisonné en préparation.
Fabuleuse lettre autographe du peintre Fernand Léger rédigée en première ligne durant la bataille d'Argonne, adressée au marchand d'art parisien Adolphe Basler.
92 lignes à l'encre noire, quatre pages sur un feuillet double, daté par Léger du 28 mai 1915.
La lettre autographe est présentée sous une chemise en demi maroquin vert sapin, plats de papier vert à motif stylisé, contreplats doublés d'agneau vert, étui bordé du même maroquin, ensemble signé Goy & Vilaine.
La lettre a été choisie pour l'anthologie de Cécile Guilbert, Les plus belles lettres manuscrites de Voltaire à Édith Piaf, Robert Laffont, 2014.
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Poème essentiel de la période pré-dadaïste de l'auteur, il fait partie d'un ensemble cohérent de sept poèmes manuscrits de Breton (désigné sous le nom de coll.X. dans les Œuvres complètes d'André Breton, tome I de La Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1988, p. 1071). Ces poèmes, de sa graphie de jeunesse, sont soigneusement calligraphiés à l'encre noire sur papier vergé filigrané. Cet ensemble a été adressé à son cercle d'amis et d'écrivains, où figurent notamment Valéry, Apollinaire, Théodore Fraenkel, et son frère d'armes André Paris. Il fut par la suite publié dans son premier recueil, Mont de piété, qui parut en juin 1919 à la maison d'édition Au sans Pareil, nouvellement fondée par son ami René Hilsum.
La datation précise de cet ensemble de poèmes autographes est déterminée par l'écriture du dernier poème de la collection (« André Derain »), composé le 24 mars 1917, qui offre un terminus post quem absolu. En outre, une version plus ancienne du poème « Age », dédié à Léon-Paul Fargue, figure dans notre collection sous son nom originel « Poème ». Daté par l'auteur du 19 février 1916 - le jour de ses vingt ans - et créé 10 jours plus tôt selon sa correspondance, il ne fut rebaptisé et remanié que pour sa publication en juillet 1918 dans Les Trois Roses. Selon toute vraisemblance antérieur à la parution de ce dernier poème, les sept poèmes autographes, furent probablement rédigés courant 1917 ou au début de l'année 1918, alors que Breton poursuit son internat au Val-de-Grâce et fait la rencontre décisive de Louis Aragon.
Les poèmes qui constitueront Mont de piété représentent un rare et précieux témoignage de ses influences de jeunesse, à l'aube de son adhésion au mouvement Dada et sa découverte de l'écriture automatique. Assez brefs et parfois sibyllins, on y sent poindre des accents symbolistes empruntés à Mallarmé, qu'il redécouvre lors de matinées poétiques au théâtre Antoine, au Vieux-Colombier, en compagnie de son camarade de lycée Théodore Fraenkel. Durant le premier mois de la guerre, Breton se consacre également à Rimbaud, et se plonge dans Les Illuminations, seul ouvrage emporté dans la confusion et la hâte qui suivit la déclaration de guerre. De ses lectures rimbaldiennes naquirent les poèmes « Décembre », « Age », et « André Derain », tandis qu'il emprunte à Apollinaire sa muse Marie Laurencin à qui il dédie « L'an suave ». Par ailleurs, l'héritage poétique de l'auteur sera particulièrement marqué par la figure de Paul Valéry, avec qui il entre en correspondance dès 1914. Valéry joue dans l'écriture des poèmes de Mont de Piété un rôle considérable par l'attention et les conseils qu'il prodigue au jeune poète. Admiratif de l'audace de son disciple, qui lui adressa chacun de ses poèmes, il apprécie le poème « Facon » (1916) en ces termes : « Thème, langage, visée, métrique, tout est neuf, mode future, façon » (Lettre de juin 1916, Œuvres complètes d'André Breton, tome I de La Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1988, p. 1072).
Ces fleurons incontournables de la jeunesse de Breton furent composés entre sa dix-septième et vingt-troisième année. Surpris à Lorient par la déclaration de guerre, il devient infirmier militaire, puis officie dans plusieurs hôpitaux et sur le front pendant l'offensive de la Meuse. Il fait à Nantes la connaissance de Jacques Vaché, qui lui inspire un projet d'écriture collective, ainsi que l'illustration du futur recueil Mont de Piété, finalement réalisée par André Derain. La fréquentation de ce « dandy révolté contre l'art et la guerre », qui partage son admiration pour Jarry, et le contact des aliénés du centre neuro-psychiatrique de Saint-Dizier marquent une étape décisive dans la genèse du surréalisme. Affecté au Val-de-Grâce à partir de 1917, Breton trouve à Paris l'effervescence littéraire nécessaire à sa quête poétique et récite Rimbaud en compagnie d'Aragon. C'est par l'entremise d'Apollinaire qu'il se lie d'amitié avec Soupault, futur co-auteur des Champs magnétiques, et Reverdy, fondateur de la revue Nord-Sud, qui publiera des poèmes de Mont de piété. Les sept poèmes de la collection seront par la suite publiés dans des revues littéraires d'avant-garde (Les Trois Roses, Solstices, Nord-Sud) entre 1917 et le début de l'année 1919.
Quatre des sept poèmes urent dédiés aux maîtres et amis de l'auteur : Léon-Paul Fargue, et surtout Apollinaire, à qui Breton avait consacré une étude dans l'Eventail. L'auteur rend également hommage à Marie Laurencin et André Derain, créateurs "d'oeuvres plastiques encore toutes neuves, en butte à un décri et une intolérance presque unanimes", chères à Breton tout au long de sa vie (XXe siècle, n°3, juin 1952). Il multiplie avec ces dédicaces les allusions croisées, dédiant à l'un un poème inspiré par l'autre, à l'exemple de « Décembre », dédié à Apollinaire, qui fait écho à Rimbaud et son poème « Aube » (Les Illuminations, 1895).