
Edition originale des deux premiers volumes de la collection Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées du juriste François Richer, publiée en vingt-deux volumes entre 1772 et 1788.
Le premier volume est orné de quelques bandeaux et culs-de-lampe.
Reliures de l'époque en plein veau marbré brun, dos à cinq nerfs ornés de caissons, bandeaux et fleurons dorés, pièces de titre et de tomaison en maroquin brun, roulette dorée sur les coupes, contreplats de papier coquille, tranches rouges. Coins émoussés, coiffes endommagées, frottements et épidermures aux dos, petites déchirures marginales aux pages 101, 365 et 473 du deuxième volume.
Deux volumes réunissant plusieurs affaires criminelles célèbres, dont la fameuse usurpation d’identité de Martin Guerre, jugée à Toulouse en 1560.
Pour concevoir ce recueil, le juriste François Richer s’appuya sur une collection publiée sous le même titre plus tôt dans le siècle par l’avocat Gayot de Pitaval. Richer ne se contenta pourtant pas de rééditer Pitaval, mais le réécrivit en l’épurant de ses détails inutiles et l’enrichit de nouveaux cas, signalés par des astérisques dans la table du premier volume. Dans l’avertissement de ce premier volume, il juge d’ailleurs sévèrement son prédécesseur, à qui il reproche de n’avoir "ni gout, ni critique, ni philosophie", et surtout une prolixité qui faisait perdre aux causes tout leur intérêt. Sa refonte visait d’abord à rendre le récit plus captivant : le lecteur devait rester dans l’incertitude jusqu’au dénouement de l’affaire, sans prévoir le jugement. Plus resserrée, plus vive, augmentée de causes nouvelles, cette version semble s’être rapidement imposée comme la référence des recueils de causes célèbres. C’est sur elle également que s’appuie la traduction allemande publiée sous la direction de Schiller à partir de 1792.
Comme chez Pitaval, le premier volume s’ouvre sur l’affaire de Martin Guerre. En 1556, un homme se présenta au village d’Artigat, dans le diocèse de Rieux, et se fit passer pour Martin Guerre, disparu depuis huit ans. Condamné par le juge de Rieux, l’imposteur, Arnaud du Tilh, fit appel devant le Parlement de Toulouse. Il était sur le point d’obtenir gain de cause lorsque surgit le véritable Martin Guerre, une jambe de bois. À l’issue de l’arrêt rendu le 12 septembre 1560, l’un des juges, Jean de Coras, publia son Arrest memorable, qui fut à l’origine de la fortune littéraire de l’affaire. L’historienne Natalie Zemon Davis lui a consacré une étude devenue classique, The Return of Martin Guerre, après avoir été conseillère historique et coscénariste du film de Daniel Vigne Le Retour de Martin Guerre de 1982, avec Gérard Depardieu et Nathalie Baye.
Le premier volume rassemble d’autres affaires restées fameuses : celle de la meurtrière marquise de Brinvilliers, jugée par le Parlement de Paris en 1676 pour l’empoisonnement de son père et de ses deux frères, puis décapitée, prélude à l’affaire des Poisons à la cour de Louis XIV ; la "célèbre cause de Saint-Géran", un procès de filiation au sein de la famille La Guiche, dont Alexandre Dumas tira l’un de ses Crimes célèbres ; enfin, le "Gueux de Vernon", histoire d’un enfant disparu que l’on crut reconnaître dans celui qui accompagnait un mendiant de passage. Le second volume, quant à lui, est entièrement consacré à une affaire qui passionna l’Europe dans les années 1730 : le procès opposant Catherine Cadière au jésuite Jean-Baptiste Girard, son directeur de conscience, qu’elle accusait de l’avoir ensorcelée et d’avoir abusé d’elle.
Conçu pour tenir le lecteur en haleine jusqu’au verdict, cet ouvrage de Richer contribua à entretenir la renommée de l’affaire Martin Guerre et devint une référence du récit judiciaire, lointain ancêtre du genre du true crime.