
Edition originale, ornée d’un frontispice gravé en taille-douce représentant la Vierge Marie étreignant tendrement l’Enfant Jésus.
Reliure de l'époque en pleine basane marbrée brune, dos lisse orné de bandeaux et fleurons dorés, pièce de titre, ornement doré sur les coupes, contreplats de papier coquille.Quelques frottements à la reliure, mors légèrement fragilisés, manques aux coupes du second plat, marge supérieure un peu courte, la rognure ayant atteint l’inscription manuscrite de la page de titre.
Ex-libris de Victor Duchâtaux, daté de 1887, sur le premier contreplat. Avocat à Reims, il présida à plusieurs reprises l’Académie nationale de Reims et siégea au conseil municipal de la ville.
Inscriptions à l’encre sur la première garde et sur la page de titre, dont la mention d’appartenance à la bibliothèque de la Maison professe des jésuites de Paris :
"Domus prof. Paris. Soc. Jesu." (abréviation de Domus professae Parisiensis Societatis Jesu).
Ce discours à la louange de la Vierge compte parmi les deux premiers ouvrages publiés par Jean-Pierre Camus, avec le Parénétique de l’amour de Dieu, paru la même année chez le même libraire. Il vit le jour en 1608, année où Camus fut ordonné prêtre puis nommé au siège de Belley par Henri IV, et précède donc son sacre, célébré le 30 août 1609 par François de Sales. Son jeune âge (il n’avait que vingt-quatre ans lors de son sacre) avait rendu nécessaire une dispense du pape Paul V.
Le sacre scella une amitié étroite avec l’évêque de Genève, dont Camus se voulut le disciple et dont il fixa le portrait dans L’Esprit du bienheureux François de Sales (1641). Prédicateur renommé et député du clergé aux États généraux de 1614, il fut aussi l’un des auteurs les plus féconds de son siècle : on lui doit plus de deux cents titres, recensés par Jean Descrains dans sa bibliographie de 1971. On y trouve de nombreuses "histoires dévotes", romans édifiants destinés à détourner les lecteurs des romans profanes à la mode, mais aussi de virulents pamphlets contre les ordres mendiants. Le texte de ce panégyrique fut intégralement repris dans les Diversitez (1614), autre ouvrage majeur de l’auteur. Après avoir quitté Belley à la fin des années 1620, il se retira à l’abbaye d’Aulnay, près de Caen, puis seconda l’archevêque de Rouen, François de Harlay. Il finit ses jours parmi les pauvres de l’hospice des Incurables, à Paris, où il mourut en 1652, peu après avoir été nommé par Louis XIV à la tête du diocèse d’Arras, dont il ne reçut pas les bulles.
Cet exemplaire réunit de façon singulière l’auteur et ses anciens possesseurs. C’est auprès des jésuites que le jeune Camus avait reçu la formation théologique qui lui permit d’être ordonné prêtre en 1608, l’année même où parut ce Panégyrique. Il resta lié à la Compagnie, dont il célébra le fondateur dans ses Homélies panégyriques de S. Ignace de Loyola, publiées à Lyon en 1623. L’ouvrage entra, à une date inconnue, dans la bibliothèque de la Maison professe de Paris, comme en témoignent les mentions manuscrites portées sur la page de titre.
La Maison professe des jésuites fut fondée en 1580 dans l’hôtel de La Rochepot, rue Saint-Antoine, que leur avait offert le cardinal Charles de Bourbon. Expulsés pendant quelques années à la suite de l’attentat de Jean Châtel contre Henri IV, les jésuites reprirent possession de la Maison et la firent prospérer, en y construisant notamment une fastueuse église (l’actuelle Saint-Paul-Saint-Louis), qui accueillit les prédications de Bourdaloue, Bossuet et Ménestrier. La Maison possédait une bibliothèque réputée, riche d’environ 30 000 volumes, qui fut dispersée dans les années 1760, après la fermeture de l’établissement par arrêt du Parlement de Paris en 1762.
Ouvrage de jeunesse de Jean-Pierre Camus, théologien, écrivain prolifique et ami de François de Sales, conservé jadis dans la bibliothèque de la Maison professe des jésuites de Paris.