
Album de cartes postales des châteaux de la Loire, probablement de la fin des années 1930.
Précieuse et touchante inscription du général de Gaulle, au dos de la page de titre de l'album contenant dix-sept vues des châteaux de la Loire : "Offert par ma chère nièce Geneviève", signé de ses initiales. C'est par ce même épithète qu'il débutera sa dédicace des Mémoires de guerre, "A ma chère nièce Geneviève, qui fut, tout de suite, jusqu'au bout, au bord de la mort, un soldat de la France libre, et dont l'exemple m'a servi."
"Charles de Gaulle et Geneviève de Gaulle sont deux personnages très similaires, ayant beaucoup de points communs et qui développent très tôt une relation particulière. On ne pourrait pas le dire pour beaucoup des autres neveux et nièces du général de Gaulle. Chez Geneviève et son oncle existe une même profondeur spirituelle. Tous deux sont assez mystiques profondément croyants, mais avec une implication de leur âme très importante, et ils sont proches sur le plan intellectuel.
Ne partagent-ils pas un très fort goût de l'histoire ? Charles est un grand connaisseur de l'histoire de France, il a écrit des livres sur ce sujet et en a été aussi un des acteurs. Son propre grand-père, Julien-Philippe, était chartiste. Et son père, Henri de Gaulle, donc le grand-père de Geneviève, était professeur d'histoire. Geneviève connaît elle aussi cet engouement.
Geneviève et Charles de Gaulle ont aussi une même relation complexe vis-à-vis de l'Allemagne. N'oublions pas que Charles, tout comme Xavier de Gaulle, est un rescapé, de la Première Guerre mondiale. D'ailleurs, il a expliqué que ne pas avoir été tué à Douaumont, alors qu'il a été laissé pour mort sur le champ de bataille, est le "lourd problème de ma vie". Il a passé ensuite plusieurs années en captivité en Allemagne. Geneviève, elle, y a passé son enfance. Elle y a également affronté la mort, au plus proche de sa chair, et ces expériences voisines font certainement écho entre l'oncle et la nièce.
Du reste, en raison des drames successifs subis par la famille de son frère aîné, Charles de Gaulle prend tout particulièrement soin de ses neveux et nièces. Il reçoit Geneviève, sa sœur et son frère en vacances, une proximité s'installe à travers des discussions, des sorties, des fêtes de Noël partagées". (Frédérique Neau-Dufour in Philippe Collin (éd.), Les RésistantesLe rôle crucial des femmes face au nazisme).
C'est en apprenant, le 18 juin 1940, l'appel radiodiffusé de son oncle depuis Londres que Geneviève se tourne vers la résistance en déchirant les affiches de l'occupant. Elle rejoint ensuite le réseau du Musée de l'Homme (1941), puis Défense de la France (1943), avant d'être arrêtée et déportée à Ravensbrück. L'influence politique de celle-ci sur de Gaulle a été maintes fois soulignée. Elle présente Germaine Tillion à son oncle en 1946, le convainc en 1958 de confier à Malraux des responsabilités à sa mesure, d'où naît le ministère des Affaires culturelles. Elle servira aussi d'intermédiaire continuelle sur l'Algérie, relayant les demandes de grâce des condamnés du FLN que de Gaulle honorera en 1959 : « Au milieu des années soixante, Geneviève, présidente d'ATD-Quart Monde, vient plaider la cause des plus pauvres, à l'Élysée et à Colombey, où elle est toujours invitée. À cette jeune femme qui veut mettre l'idéal de la Résistance au service de l'humain, le président avoue qu'il a dix ans de trop pour être capable de changer vraiment les choses. Après avoir quitté le pouvoir, de Gaulle lui écrit d'Irlande: "Tu fus, au moment le plus grave, et avec quel courage et quelles souffrances, un des meilleurs de mes "compagnons". Tu n'as jamais, depuis, cessé de l'être." » (Christine Kerdellant, De Gaulle et les femmes).
Rare témoin du lien de « complicité spirituelle et intellectuelle sans équivalent dans la famille de Gaulle » (Frédérique Neau-Dufour in Gaullistes, femmes et réseaux) que Geneviève de Gaulle Anthonioz partage avec son oncle, tous deux amoureux et défenseurs de la France.