
Rare suite complète des dix-huit lithographies de Gavarni pour Les Maris vengés, publiée à Paris chez Aubert en 1837-1838, ici portée à vingt et une feuilles par la présence de trois planches en double état ; le second état est en couleurs, et la troisième de ces planches se rencontre en outre en deux tirages coloriés différents. Huit lithographies sont ainsi coloriées à la main.
Afin de réunir la série dans son entier, le collectionneur a dû recourir, pour les planches nos 13, 14 et 16, aux épreuves parues dans Le Charivari. Toutes portent l’adresse d’Aubert, Galerie Véro-Dodat, et sont numérotées de 1 à 18, à l’exception d’une planche numérotée à la main et de la dernière, dépourvue de numéro.
Cartonnage moderne à l’imitation d’une reliure d’époque, en demi-percaline verte, les plats de toile cirée à multiples encadrements à froid, titre doré au dos et sur le plat supérieur. Huit gravures sont montées sur des feuillets au format des plus grandes planches en feuilles. Brunissures aux nos 1 et 4 ; les autres épreuves sont bien fraîches, sur papier fort, hormis celles extraites du Charivari. Bel exemplaire.
Publiée par la maison Aubert, fondée en 1829 galerie Véro-Dodat par Gabriel Aubert, beau-frère et associé de Charles Philipon, la série appartient au moment où l’éditeur, avec La Caricature puis Le Charivari, devient l’un des centres essentiels de la satire graphique parisienne. Gavarni y impose très vite un ton qui lui est propre ; moins monumental que Daumier, plus attentif aux gestes, aux regards et aux petites cruautés sociales, il fait des rapports entre hommes et femmes l’un de ses terrains les plus féconds.
Dans Les Maris vengés, l’adultère, le soupçon, la jalousie et la vengeance conjugale se succèdent en dix-huit scènes de mœurs, jusqu’à la planche finale, Conclusion et Morale, consacrée à une accusation d’adultère. Gavarni ne cherche pas tant le scandale que le détail juste ; la satire naît souvent d’un mot, d’une attitude ou d’un renversement minuscule par lequel le mari, la femme ou l’amant se retrouve soudain pris au piège du rôle qu’il croyait tenir.
La série paraît au même moment que les premières Fourberies de femmes en matière de sentiment, et plusieurs années avant les Lorettes ; elle appartient ainsi à ces années où Gavarni fixe, dans les colonnes du Charivari, tout un théâtre de la vie privée parisienne, avec ses arrangements, ses faux-semblants et ses comptes à régler.
Réunie ici avec des épreuves en plusieurs états et trois planches tirées directement du Charivari, la série passe de la feuille satirique à la collection, en conservant tout le mordant des scènes qui avaient d’abord été conçues pour paraître au rythme du journal.