Album de 61 peintures originales en couleurs dont 27 sur mica et 34 sur papier et 1 dessin en noir sur papier. Les couleurs sont obtenues par un mélange d'aquarelle anglaise et de gomme arabique.
Le mica, un minéral de la famille des silicates, se divise en fines strates superposées et faciles à extraire. S'il résiste à de très fortes chaleurs et constitue un isolant très efficace, il n'en demeure pas moins d'une grande fragilité. Les peintures sur mica dans un si bel état de conservation sont rares et d'autant plus en France où seulement deux albums sont conservés au Musée du Quai Branly. Nous ne connaissons pas le nombre de peintures contenues dans ces recueils dont seulement un des deux est stylistiquement approchant du nôtre.
Les peintures sont toutes exécutées dans le style de l'école de Patna (Nord-Est de l'Inde), caractéristique pour ses décors minimalistes et réalisées à main levée, sans dessin préalable des contours. D'une grande minutie et toutes légendées en anglais et en français, elles représentent les fonctions et métiers des autochtones des deux sexes : Parsis, marchand de perles, colporteur de Madras, marchand de lait, tisserand, brame de Malayalam, domestique, cocher, barbier, porteur de palanquin, jongleur, blanchisseur... Quelques autres peintures et dessins - sur papier - figurent des animaux (scorpion, serpent), des armes et des bijoux.
Reliure de l'époque en demi chagrin noir, plats de papier noir, gardes et contreplats de papier caillouté.
Ces illustrations, réalisées dans la seconde moitié du XIXe siècle, sont emblématiques d'une importante période de changement dans l'histoire de la peinture indienne. L'art pictural quitte alors le domaine du sacré et les peintres indigènes développent de nouveaux styles hybrides influencés par les artistes occidentaux venus, armés de leurs couleurs et de leurs chevalets, visiter les Indes. L'art indien moderne vient de prendre son envol.
À l'origine et malgré leur grande finesse d'exécution, ces images n'étaient pas considérées comme des œuvres d'art, ni par les artisans qui les réalisaient, ni par leurs acquéreurs - essentiellement des Anglais. Elles avaient avant tout une valeur documentaire et récréative, comme en témoignent les importantes commandes de la British Trade Company, destinées à montrer au Royaume-Uni la vie dans les colonies et à promouvoir le commerce. à la même époque, on observe une démarche similaire au Japon, qui vient de s'ouvrir au monde occidental, à travers les superbes photographies de Felice Beato.
Provenance : Laurent Dard, colonel de l'Artillerie de Marine, puis sa fille Laurence Anna Cesbron-Lavau née en 1869 sur le bateau qui menait sa famille aux Indes.