
Édition originale de la traduction française, la première dans cette langue, de l’ouvrage majeur de Bartolomé Leonardo de Argensola consacré à la conquête des Moluques, dont l’originale espagnole avait paru à Madrid en 1609. L’illustration comprend trois frontispices répétés, un portrait, six cartes et vingt-six planches dépliantes, soit trente-six figures au total ; l’exemplaire est bien complet de toutes les planches, y compris de la carte de Ceylan, souvent absente.
Reliures de l’époque en pleine basane brune mouchetée. Dos à nerfs ornés de losanges fleuronnés centraux et de roulettes sur les nerfs, pièces de titre et de tomaison de basane brune. Armes frappées sur les plats supérieurs et chiffre sur les plats inférieurs, demeurés non identifiés ; leurs dorures sont estompées ou réduites à des traces, les chiffres paraissant avoir été frappés à froid. Quelques frottements, trois coins émoussés. Légères mouillures marginales en tête des premiers feuillets des tomes I et III ainsi que sur quelques feuillets et planches, quelques rousseurs et pages brunies ; trois planches portent au verso d’anciennes restaurations comblant des déchirures. Petit grignotage au plat supérieur du tome II et au plat inférieur du tome III. Bon exemplaire.
Le portrait placé en tête du premier volume représente le dédicataire de la traduction française, Georg Wilhelm von Inn- und Kniphausen (1635-1709), seigneur de Nienoord et de Vredewold, élevé au rang de comte du Saint-Empire en 1694.
Lorsque paraît cette traduction en 1706, l’histoire racontée par Argensola a déjà changé d’échelle. L’original espagnol retraçait principalement les entreprises de l’Espagne et du Portugal dans un archipel que le commerce du girofle et de la muscade avait placé au cœur des rivalités européennes ; la version française y ajoute un troisième volume entièrement consacré aux conquêtes hollandaises. Ce supplément ne constitue pas un simple appendice : il prolonge le récit jusqu’au moment où les Provinces-Unies deviennent à leur tour l’une des puissances décisives de la région.
Les cartes et planches accompagnent cette transformation du récit ; elles inscrivent dans l’espace les ports, les îles et les routes maritimes autour desquels se sont affrontées les ambitions ibériques puis hollandaises. Boucher de la Richarderie soulignait déjà que l’ouvrage, au-delà de son histoire militaire et politique, fournissait de précieux renseignements sur l’état physique des Moluques, leurs productions et les mœurs de leurs habitants au temps des premières conquêtes.
Les cartes, les planches et le troisième volume font de cette traduction autre chose qu’un simple relais du texte espagnol ; ils montrent un livre qui s’est enrichi au rythme même des bouleversements de l’archipel. Deux siècles après les premières conquêtes, les Moluques y apparaissent déjà comme un territoire dont l’histoire ne peut plus se raconter d’un seul point de vue.