
Nouvelle édition, la seconde après l’originale genevoise de 1772, publiée à Paris en 1784 chez la veuve Duchesne, en quatre volumes in-8. Elle est illustrée de six planches dépliantes gravées par G. Dheulland et C. G. Geissler, représentant baromètres, thermomètres et différents instruments de mesure, ainsi que d’un tableau replié confrontant les hauteurs atmosphériques obtenues selon les formules de plusieurs savants, parmi lesquels Mariotte, Halley, Cassini, Daniel Bernoulli et Bouguer.
Reliure en plein veau glacé marbré de l’époque. Dos lisses ornés, pièces de titre en maroquin havane, pièces de tomaison en maroquin vert, tranches marbrées bleues. Coiffe supérieure du tome I arasée, avec mors supérieur dénudé en tête ; un manque en tête du tome III. Six coins émoussés, dont un dénudé au tome I. Quelques défauts d’usage, mais bel exemplaire demeuré bien frais.
De la bibliothèque de Richard Tremblot, avec son ex-libris gravé.
Genevois formé aux mathématiques auprès de Georges-Louis Le Sage, Jean-André Deluc (1727-1817) consacra une longue série d’expériences à l’étude de l’atmosphère et, plus particulièrement, à la détermination des hauteurs par le baromètre. Dans les Recherches sur les modifications de l’atmosphère, il confronte les théories de ses prédécesseurs, perfectionne l’usage des instruments et cherche à établir une méthode suffisamment sûre pour convertir les variations de pression en différences d’altitude.
Cette ambition scientifique devait naturellement conduire Deluc hors du cabinet. Dès les années 1750, il parcourt les Alpes avec son frère Guillaume-Antoine ; à partir de 1765, tous deux entreprennent plusieurs tentatives pour atteindre le sommet du mont Buet, alors encore très rarement fréquenté. Après deux échecs, ils parviennent au sommet le 20 septembre 1770, chargés de leurs instruments.
L’ascension n’a rien d’une entreprise sportive au sens moderne du terme. Le Buet constitue pour Deluc un véritable laboratoire de haute altitude : il y observe le comportement du baromètre et du thermomètre, étudie l’ébullition de l’eau sous une pression réduite et confronte ses méthodes de calcul à une différence d’altitude suffisamment importante pour en éprouver la validité. Les instruments figurés dans les planches de l’ouvrage ne sont ainsi pas de simples objets de démonstration ; ils appartiennent à un programme expérimental directement mis à l’épreuve sur la montagne.
Le récit de l’ascension donne aux Recherches une place particulière dans l’histoire de l’exploration alpine. Seize ans avant la première ascension du Mont Blanc par Balmat et Paccard, Deluc fait de la conquête d’un sommet le prolongement direct d’une enquête scientifique. Le déplacement en haute montagne n’est plus seulement affaire de curiosité ou de voyage : il devient une méthode, destinée à produire des mesures nouvelles dans des conditions impossibles à reproduire en plaine.
Ces travaux sur l’atmosphère précèdent la formulation plus systématique des conceptions de Deluc sur l’histoire de la Terre, développées notamment à partir de 1778 dans ses Lettres physiques et morales. Comme Saussure quelques années plus tard, Deluc contribue ainsi à faire des Alpes un terrain privilégié pour l’étude conjointe de l’air, des reliefs et de la formation du globe.
Dans cet ouvrage, la montagne cesse donc d’être un simple décor pour devenir un instrument de connaissance : les six planches décrivent les appareils, les tableaux confrontent les calculs, et l’ascension du Buet vient éprouver l’ensemble sur le terrain. Les Recherches sur les modifications de l’atmosphère comptent ainsi parmi les textes majeurs des débuts de l’alpinisme scientifique, au moment où gravir un sommet devint aussi une manière de mesurer le monde.