
Cinquième édition, la première donnée par Jean Petit, du carême prêché par Olivier Maillard en l'église Saint-Jean-en-Grève à Paris en 1498, dont l'originale avait paru à Lyon chez Jean de Vingle en décembre 1498. Impression gothique sur deux colonnes à 45 lignes, achevée le 4 mai 1508 sur les presses de Jean Barbier. Marque de Jean Petit sur la page de titre. Nombreuses lettrines blanches sur fond criblé. Colophon au feuillet 174 : « et opera Johannis Barbier, impensis vero honesti viri Johannis Petit bibliopole Parisiensis impressorum. Anno M.CCCCC.VIII. Quarto nonas Maii ». 174 feuillets chiffrés et 4 feuillets de table non chiffrés.
Reliure en plein maroquin bordeaux fin XIXème ou début XXème. Dos à nerfs orné de cinq fleurons caissonnés. Titre et date dorés en queue. Filets d'encadrement à froid sur les plats. Tranches dorées. Mouillure au coin supérieur droit des folios 65 à 73 et 153 à 175.
Bel exemplaire, rare dans cette condition.
Olivier Maillard (vers 1430-1502), né en Bretagne et mort à Toulouse, est une des plus grandes figures de l'ordre franciscain de la fin du XVème. Docteur en théologie et confesseur de Charles VIII, il fut élu trois fois vicaire général des Franciscains de l'Observance, en 1487, 1493 et 1499. Il doit sa réputation à ses prédications dans l'église de Saint-Jean en Grève à Paris, dont ce carême de 1498 est le monument. Le colophon précise que les sermons furent recueillis sur le moment par un auditeur, puis corrigés pour l'impression : prononcés en français devant le peuple de Paris, ils nous sont parvenus dans ce latin de chaire que Sainte-Beuve rattache au style macaronique. Aucun état n'y est épargné. Il ne semblait jamais trouver de mot assez dur ni d'expression assez imagée pour ses sermons.
« Jamais on n'attaqua toutes les classes et toutes les professions sociales avec plus de hardiesse, de virulence et de mauvais goût. Chacun de ses sermons est une satire amère et outrageante, revêtue d'un langage grossier, trivial, et de mots empruntés aux mauvais lieux du plus bas étage » (Nouvelle biographie générale).
Toute sa carrière se confond avec le combat de l'Observance pour ramener l'ordre à la règle de son fondateur : en 1501, à la demande du cardinal d'Amboise, il vint avec cinquante religieux réformer le grand couvent des Cordeliers de Paris, sommés d'observer leur règle « selon les traditions de leur père S. François », et s'en fit chasser sous les huées. Son ordre le plaçait néanmoins aux côtés de saint Bonaventure et de saint Bernardin de Sienne.
La tradition veut que Louis XI, lassé de ses audaces, ait menacé de le faire coudre dans un sac et jeter à la rivière, et que le cordelier ait répondu qu'il arriverait plus tôt au paradis par eau que le roi avec ses chevaux de poste. Henri Estienne puisa dans ces sermons, pour son Apologie pour Hérodote, le tableau des mœurs du siècle précédent, et Rabelais fit de Maillard le modèle du prêcheur, dans le célèbre passage des moutons de Panurge du Quart Livre:
« Panurge […] les prêchait éloquentement, comme si fût un petit frère Olivier Maillard ou un second frère Jean Bourgeois, leur remontrant par lieux de rhétorique les misères de ce monde, le bien et l'heur de l'autre vie, affirmant plus heureux être les trépassés que les vivants en cette vallée de misère »
Séduisant exemplaire en maroquin de la première édition donnée par Jean Petit du plus célèbre carême parisien du XVe siècle, document de premier ordre sur la société française à la veille de la Réforme.