
Seconde édition des Oeuvres (et première chez Courbe qui venait de récupérer le privilège) de Voiture et édition originale des Nouvelles oeuvres. Deux vignettes de titre par Picart. Un beau portrait par Champaigne.
Reliure en pleine basane brune d'époque. Dos à nerfs richement orné. Pièce de titre en maroquin rouge. Un manque en coiffe. Accroc avec manque au mors supérieur en queue. Frottements. Bon exemplaire.
Le livre dont La Fontaine avouera avoir tiré la leçon secrète des Fables : « J'ai profité dans Voiture ».
Vincent Voiture (Amiens, 1597 – Paris, 1648), fils d'un marchand de vins de cour, conquiert dès sa jeunesse la protection de Gaston d'Orléans, entre à l'Académie française dès sa fondation en 1634, et devient l'âme badine de l'hôtel de Rambouillet, là où s'inventent la préciosité et le goût classique. Diplomate en Espagne, en Lorraine et à Rome, il envoie de ses postes des épîtres qui sont des événements littéraires dans le monde des beaux-esprits. Il ne publie rien de son vivant. Un an après sa mort éclate la querelle des sonnets, qui oppose les partisans de son sonnet Uranie à ceux du Job de Benserade, premier grand débat esthétique du XVIIe siècle français.
Deux ans plus tard paraît l'édition originale, publiée chez Augustin Courbé, réalisée par son neveu Martin de Pinchesne. Son succès fut tel qu'elle est immédiatement suivie d'une seconde édition enrichie de Nouvelles oeuvres. Pinchesne définit d'emblée l'originalité de Voiture : un homme qui « approchait fort près, au jugement de toutes les dames, des perfections que les Italiens décrivent sous le nom de parfait courtisan et que les Français appellent un galant homme », né roturier, qui devait ce miracle à son aisance et à une noble hardiesse tempérée d'une civilité polie. L'ouvrage rassemble lettres et poèmes de circonstance, rondeaux, chansons, stances, poésies galantes, formes légères remises en honneur depuis Marot. Il introduit dans le champ littéraire un type d'œuvre nouveau, mal reçu de ceux qui concevaient la littérature comme une affaire de règles et de culture savante.
L'influence sur La Fontaine est décisive, quoique différée. En 1650, le futur fabuliste est encore trop absorbé par la haute idée qu'il se fait de la littérature pour s'attarder sur cette œuvre d'amuseur mondain. C'est seulement à la cour de Foucquet, vers 1658-1659, qu'il est conduit à en entendre la leçon, par l'intermédiaire de Sarasin, ami et héritier spirituel de Voiture. Là, La Fontaine comprend que la grande poésie peut aussi « couler comme une paisible rivière », que le style égal et naturel qui sait dire les petites choses sans bassesses vaut la grandeur héroïque, et que c'est Voiture qui a inventé ce mode d'expression. Il écrira plus tard, laconiquement : « J'ai profité dans Voiture. » À Vaux, sous cette double influence, il penche de plus en plus vers la légèreté galante, le mélange des tons, la surprise. Boileau et lui placeront bien