Edition incunable chez un rare éditeur de la Glose d' Accursius sur le Digeste du Codex de Justinien et du Digeste lui-même.
Sous un autre titre et une autre collation, Siber avait auparavant édité des livres du Corpus en 1482 (Hain 9542 , GW 7659). Rare édition incunable entièrement rubriquée du Digeste. Grande marque de l'imprimeur au dernier feuillet, sans le nom de l'imprimeur. On notera par ailleurs qu'il n'y a pas de colophon. On sait que Siber a utilisé cette marque pour un autre de ses livres Lectura super I et II parte codicis , pour ses autres éditions, Jean Siber utilisait d'autres marques. En outre, on retrouve ce même dessin sur fond noir sur la marque de Teodore Ragazzone à Venise (Louis Polain : Marques des imprimeurs et libraires en France au Xve siècle). GW 7666.
Absent à la bibliothèque de Lyon et à la BN de France , mais également aux catalogues anglais et à la British Library. L'édition de 1488 semble beaucoup plus rare que celle de 1482 et celle de 1500 qu'on trouve régulièrement dans les bibliothèques, notamment à Bourg en Bresse. On trouve un exemplaire de ce Digeste de 1488 à la bibliothèque de Zurich (collation 438f.)
Impression gothique (Le caractère n'est pas le Gothique allemand, mais un caractère plus lisible, entre le Romain et le Gothique) avec le Corpus de Justinien dans un rectangle central (2 colonnes, nombre de lignes variables) et le commentaire de Accursus se distribuant autour (72 lignes 2 colonnes), dans une police de caractère plus petite. Le Codex est distribué en 24 livres, noté en marge haute, en lieu et place de la pagination ou foliotation. Les titres sont imprimés en rouge.
Nombreuses annotations finement manuscrites à l'encre noire de l'époque.
Notre exemplaire est manquant des deux premiers feuillets blancs et peut-être d'un feuillet de titre (mais nous ne le pensons pas, le livre commençant par le titre rouge « In nomine domini nostri Iesu Christi... »),et des deux derniers feuillets blancs. Le premier feuillet de texte (a3?) a été découpé, et l'ouvrage n'en compte plus que le tiers , de plus La première lettrine accompagnant le titre principal (complet) en rouge a été découpée et retirée.
Plein Veau d'époque sur ais de bois. Dos à nerfs refait fin XIXe, avec succession de filets à froid formant des triangles. Plats découpés en larges losanges formés par des roulettes à froid (quadruple filet) , nombreux fers frappés à froid dans les losanges. Les coins sont recouverts d'une plaque de cuivre (ou autre alliage) clouée avec une protubérance, ornée de 3 fleurs de lys. Certaines parties des plats ont été restaurées, ainsi que les bordures. Trous de vers, épidermures. Traces de liens. Nombreux trous de vers en fin d'ouvrage sur les 10 derniers feuillets, constellant les marges , une galerie d'1cm de large avec perte de lettres sur les 8 derniers feuillets. Au livre XVIII, un feuillet portant une déchirure sur 10 cm en marge (sans manque).
Le Corpus Juris Civilis est composé de quatre éléments séparés, le Codex, le Digeste, les Institutes et les Novelles ; de ces quatre livres, le Digeste est le plus ambitieux, compilation des consultations des jurisconsultes d'époques diverses (les jura), de la République ou de l'Empire. C'est sans conteste le Digeste qui fut le plus édité au XV et XVIe, et les livres du Corpus furent quasiment toujours édités séparément, concus alors comme des oeuvres séparées, ce qu'elles sont d'un certain point de vue, puisque les quatre éléments ont un objectif différent.
La codification du droit romain (Le Codex, ou Corpus Juris Civilis) est l'oeuvre de l'empereur Justinien (527?565) et des deux écoles de droit de l'Empire Byzantin, celle de Beyrouth et celle de Constantinople, dont les professeurs nommés Antecessores ont étudié avec profondeur la littérature de droit de l'époque classique. La codification a été réalisée en quatre étapes, marqués par les oeuvres suivantes: 1) le Codex Iustinianus, 2) les Digesta (le Digeste), 3) les Institutiones (les Institutes) et 4) le Codex Iustinianus repetitae praelectionis (le Code de Justinien de deuxième rédaction). L'oeuvre entreprise par Justinien a été accomplie avec la rédaction de la collection des 5) Novellae (les Novelles) comprenant les lois de Justinien et celles de ses successeurs, majoritairement en langue grecque. Le premier des codes, le Codex Iustinianus a été rédigé par une commission dont les membres les plus illustres étaient Tribonien, plus tard protagoniste de la codification et Théophile, professeur de l'école de droit à Constantinople, et Dorothée. (On retrouve ces noms et le terme Antecessores sur le premier feuillet à l'encre rouge au côté de Justinien). Cette oeuvre fondamentale a exercé une influence déterminante sur le droit européen, dont celui-ci découle pour la plus grande partie. A la fin du XIIe siècle fut redécouvert le Codex, à l'université de Bologne, de cette redécouverte s'engagea la renaissance du droit Romain et la naissance des glossateurs, qui eurent une très grande importance pour l'avenir du droit en Europe
Accursius (1182-1229 ou 1260) fut un de ces fameux commentateurs, Jurisconsulte italien né à Florence, il composa, sous le titre de la Grande Glose ou Glose ordinaire (Glossa Ordinaria ca 1230), une vaste compilation dans laquelle il réunit les meilleures décisions des jurisconsultes, ses prédécesseurs sur le droit romain (compilation du Digeste, lui-même déjà une compilation). Les commentaires sur le Digeste constituent la plus belle part de son oeuvre. D'un certain point de vue, Ce Digeste est d'avantage l'oeuvre de Accursius que celle de Justinien.