
Édition originale de cette ambitieuse Histoire de France représentée par figures, publiée par François-Anne David en cinq volumes entre 1787 et 1796. L'illustration comprend cinq titres gravés et 140 figures hors texte, tirées ici en sanguine sur papier fort, chaque volume recevant un encadrement ornemental différent, accordé à l'époque historique qu'il embrasse. Les planches sont gravées par David, principalement d'après les dessins de Nicolas Lejeune. Cet exemplaire appartient au tirage de luxe sur papier vélin avec les figures en « bistre sanguin anglais », présentation expressément annoncée par David en 1794 à côté du tirage ordinaire en noir.
Les épreuves, fortement encrées, offrent un rouge profond d'une remarquable présence. Le tome IV est imprimé sur un papier plus fin, de qualité supérieure et légèrement bleuté ; le même papier a été employé au tome II pour le faux-titre et le titre. La publication elle-même porte les marques de sa longue gestation : le tome I est daté de 1787, le titre gravé de la Première Race de 1788, celui de la Troisième Race de 1791, tandis que le dernier volume paraît en l'an IV, 1796. L'entreprise, commencée sous Louis XVI, ne s'achève ainsi que sous le Directoire.
Reliure uniforme de l'époque en plein veau blond jaspé et glacé. Dos à nerfs ornés de quatre fleurons dorés dans des caissons, pièces de titre de maroquin rouge et de tomaison de maroquin vert, triple filet doré d'encadrement sur les plats, roulette dorée sur les coupes et intérieure, tranches dorées. Gardes de papier marbré peigné rose et vert. La jaspure particulièrement réussie des plats et la qualité de la dorure donnent à l'ensemble une grande unité.
Coiffe de tête du tome I arrachée, mors supérieur fendu en tête et en queue et un coin émoussé. Un manque en tête du tome II et deux coins un peu émoussés. Un manque en tête du tome III. Coins frottés. Coiffe de tête du tome IV arrachée, mors supérieur étroitement fendu en queue, mors inférieur fendu en tête et trois coins émoussés. Coiffe de tête du tome V arrachée, coiffe de queue élimée, mors supérieur et inférieur fendus en tête et en queue, deux coins émoussés. Malgré ces défauts, bel ensemble, remarquablement homogène, dans une reliure de qualité.
Conçue par souscription, l'entreprise place d'emblée l'image au cœur du récit historique. David n'intervient pas ici comme simple interprète des dessins : graveur, éditeur et maître d'œuvre, il conduit lui-même une publication dont l'exécution s'étend sur près d'une décennie. Élève de Jacques-Philippe Le Bas, membre des académies de Rouen et de Berlin, il était alors graveur de la chambre du Roi et graveur de la chambre et du cabinet de Monsieur, frère du Roi. Les adresses successives portées par ses publications suivent d'ailleurs son propre déplacement dans Paris, de la rue des Cordeliers à la rue Pierre-Sarrazin au cours des années révolutionnaires.
L'ouvrage est dédié à « Monsieur, frère du Roi », Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, futur Louis XVIII. La dédicace prend un relief particulier lorsqu'on considère les hommes auxquels David confia le commentaire historique. Les trois premiers volumes sont dus à l'abbé Guillaume-Germain Guyot, ancien jésuite devenu aumônier du duc d'Orléans, prédicateur ordinaire du Roi et censeur royal. Ses talents de prédicateur l'avaient conduit à Lunéville devant Stanislas Leszczyński, qui favorisa son élection à l'Académie royale de Nancy en 1760 ; il appartint également aux académies de Caen et de Soissons.
À partir du quatrième volume, le discours passe à Sylvain Maréchal. Le changement d'auteur suffirait à lui seul à mesurer la distance parcourue par le livre. Maréchal devait devenir l'une des voix les plus radicales de la Révolution, journaliste républicain, adversaire déclaré des institutions religieuses et compagnon du mouvement babouviste, auquel il donna le Manifeste des Égaux.
Ainsi les cinq volumes conservent-ils dans leur matière même la chronologie du bouleversement qu'ils traversent. Commencée en 1787 sous le patronage du frère de Louis XVI, cette histoire illustrée de la monarchie française est encore en cours de publication lorsque disparaissent la monarchie, la cour et jusqu'aux titres qui avaient présidé à sa naissance. En 1796, l'année où paraît son dernier tome, l'un de ses rédacteurs, Sylvain Maréchal, écrit le Manifeste des Égaux : rarement la durée d'impression d'un livre aura déplacé aussi profondément le sens de sa dédicace.