
Première édition illustrée de douze dessins hors-texte de Gérard Vulliamy, un des mille exemplaires numérotés sur papier vergé crème.
Broché, couverture rempliée. Couverture très légèrement pliée, sinon bel exemplaire. Ex-dono sur la page du faux-titre.
L'année même de la publication du présent ouvrage, en 1946, Gérard Vulliamy devint le gendre de Paul Éluard en épousant Cécile, la fille que le poète eut avec Gala ; les deux hommes se connaissaient cependant depuis 1938 dans les cercles surréalistes. Éluard séjourna à partir de 1943 à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban, qui accueillait alors juifs et résistants. Vulliamy s'y rendit par la suite, donnant naissance à leur première œuvre commune, le recueil de poèmes illustré paru en 1946 sous le titre Souvenirs de la maison des fous. La version illustrée par Vulliamy de Le lit la table, parue dans la collection "Le Point d'Or" que l'éditeur François Lachenal venait de confier à Paul Éluard, correspond alors à une seconde collaboration entre le poète et le peintre.
Les deux recueils voient ainsi le jour à une période charnière de la vie du poète : lors d'un séjour en Suisse, en novembre 1946, Paul Éluard reçut un appel téléphonique lui apprenant la mort subite de Nusch, sa femme et muse. Les recueils qu'il publia par la suite témoignent d'un tournant dans sa poésie d'amour, ses compositions les plus intimes perdant peu à peu leur légèreté et leur écho surréaliste pour devenir plus sobres et directes. Il poursuivit par ailleurs son activité de poète engagé, dont témoigne déjà, dans Le lit la table, le poème "Critique de la poésie", consacré aux poètes victimes des nazis et du régime franquiste. Composé avant la mort de Nusch, Le lit la table conserve pour sa part des poèmes de veine plus sensorielle : "Les sens", notamment, emploie encore le registre amoureux avec ses motifs olfactifs et tactiles, ainsi que l'image du corps aimé se fondant dans la nature.
L'un des derniers recueils de poésie de Paul Éluard composés du vivant de Nusch, dont la présente édition illustrée paraît l'année de sa mort, sous le crayon d'un peintre proche des surréalistes devenu, la même année, le gendre du poète.