
Edition originale, rare. Cette première occurence du texte en volume constituait le format préféré de Jules Verne comme l'indique Jauzac : "Verne s'intéressait peu, sans doute, à l'aspect extérieur de ses œuvres. De même, l'illustration ajoutée au texte ne lui paraissait pas essentielle. Il offrait d'ailleurs à ses amis des exemplaires de l'édition originale in-18 non illustrée plutôt que les grands in-8".
Reliure en demi chagrin marron, dos à quatre nerfs sertis de filets noirs et orné de doubles caissons noirs décorés de fleurons centraux dorés, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier à la cuve, tranches mouchetées, quelques accrocs sur une coupe, reliure de l'époque.
Une petite tache d'encre noire en marge inférieure droite des tous premiers feuillets
Bel exemplaire joliment établi en reliure de l'époque de l'édition originale de De la terre à la lune, dont l'écho n'a cessé d'accompagner les grandes heures de la conquête spatiale.
Le roman inaugure une approche très scientifique des œuvres de fiction narrant l'expédition vers notre satellite. Dès 1875, De la Terre à la Lune est adapté en opérette par le roi du genre, Jacques Offenbach. L’approche au voyage lunaire de H. G. Wells (The First Men in the Moon, 1901) doit encore beaucoup à Verne même si on a souligné le parti pris peu scientifique de l'auteur britannique : la cavorite, sa substance antigravitationnelle, n’était qu’une fiction servant simplement de ressort narratif, pour se concentrer davantage sur ce que l’on découvre sur la Lune. Au début du siècle, Méliès s’inspire notamment de ce roman de Verne pour le tout premier film de fiction de l’histoire du cinéma, le fameux Voyage dans la lune. Après le pionnier du septième art, c’est un maître du neuvième art cette fois qui construira le mythe de son personnage Tintin sur celui des héros de Verne, et consacrera deux bandes dessinées à ce sujet : Objectif Lune pour la préparation du voyage, comme le premier volume de Verne De la Terre à la Lune, et On a marché sur la Lune, narrant le voyage dans l'espace, comme Autour de la Lune.
Bien que le voyage lunaire soit abordé depuis Dante, Cyrano de Bergerac et une quantité d’illustres plumes aux siècles précédents, le réalisme de De la Terre à la Lune s'est avéré prémonitoire de la conquête spatiale des années 1960 :
« La première tentative d’atteindre la Lune par des moyens véritablement scientifiques à l’époque moderne a été décrite dans le roman de Jules Verne De la Terre à la Lune, publié en 1865. Ce livre contient des descriptions qui présentent d’étonnantes similitudes avec les véritables vols lunaires du XXe siècle. A l’instar des véritables astronautes de la mission historique Apollo 8 de 1968 (Frank Borman, James Lovell and William Anders), les voyageurs lunaires de Jules Verne, Impey Barbicane, président du Gun Club de Baltimore, son adversaire le capitaine Nicholl et le journaliste français Michel Ardan (anagramme du nom de l’ami de Verne, Nadar), ont décollé de Floride et ont atterri dans l’océan à leur retour. Les préparatifs minutieux du voyage vers la Lune ressemblent étroitement au lancement des fusées d'aujourd'hui, bien que Verne utilise, à la place d'une fusée, un canon de 900 pieds de long. » (Franz Rottensteiner, The Science-fiction book).
C’est précisément cette proximité avec la réalité du voyage lunaire qui en fait un texte incontournable, à l’origine de nombreuses vocations prestigieuses chez les astronautes : les russes Konstantin Tsiolkovski et Sergueï Korolev, l'américain Robert Goddard ou encore Hermann Oberth et Wernher von Braun en Allemagne ont puisé l'origine de leur passion dans ses romans. Youri Gagarine et Neil Armstrong le citaient également parmi leurs premières inspirations. En 1999, l’astronaute européen Jean-Pierre Haigneré emmena avec lui à bord de la station spatiale Mir un exemplaire de De la Terre à la Lune qui effectua 3 000 fois le tour de la Terre à ses côtés.
Jauzac, n° 3, p. 169.