
Ensemble de quatre volumes en reliure uniforme, réunissant les trois Tours authentiques du docteur Syntax par William Combe et Thomas Rowlandson, complétés par le célèbre volume apocryphe consacré à Londres.
Le premier volume, The Tour of Doctor Syntax in Search of the Picturesque, est la cinquième édition, publiée à Londres par R. Ackermann le 16 août 1813, avec de nouvelles planches. Les deux volumes suivants sont les éditions originales de The Second Tour of Doctor Syntax in Search of Consolation, Londres, R. Ackermann, 1820, et de The Third Tour of Doctor Syntax in Search of a Wife, Londres, R. Ackermann, 1821, dont la préface est signée et datée du 1er mai. Le quatrième, The Tour of Doctor Syntax through London, or the Pleasures and Miseries of the Metropolis, porte l'adresse de J. Johnston, à Londres, et la date de 1820, sous la signature fictive « By Doctor Syntax ».
L'ensemble est illustré de trois grandes vignettes de titre gravées et coloriées à la main, ainsi que de 97 planches hors texte à l'eau-forte et à l'aquatinte, également coloriées à l'époque à l'aquarelle et à la gouache : 30 dans le premier volume, 24 dans chacun des deux suivants et 19 dans le volume londonien.
Reliures anglaises en plein veau glacé turquoise, dos à nerfs ornés de trois caissons à fers disposés en miroir, filets pointillés sur les nerfs et aux coiffes, pièces de titre de veau rouge et pièces de tomaison de veau noir. Les dos ont uniformément viré au vert. Décolorations vertes sur les plats et traces de frottement. Quelques rares rousseurs sur un ensemble par ailleurs frais. Un feuillet partiellement détaché dans le premier volume, deux feuillets ressortis dans le troisième. Manque au coin inférieur droit de la dernière page du quatrième volume.
Le docteur Syntax naît en 1809 dans les livraisons du Poetical Magazine de Rudolph Ackermann. Il s'appelle alors encore The Schoolmaster et ne devient Doctor Syntax qu'au moment de la réunion de ses aventures en volume, en 1812. Ecclésiastique de campagne maigre et dégingandé, affublé d'un nez proéminent et monté sur sa jument Grizzle, il abandonne son foyer pour parcourir l'Angleterre à la recherche du « pittoresque ».
Rowlandson avait conçu le personnage pour tourner en dérision la vogue esthétique popularisée par le révérend William Gilpin. Là où le voyageur pittoresque recherche les ruines irrégulières, les arbres tourmentés et les points de vue dignes du dessin, Syntax rencontre surtout des aubergistes, des brigands, des chasseurs, des savants et une succession d'accidents qui ramènent constamment ses ambitions esthétiques aux réalités les plus triviales.
La genèse de l'oeuvre repose sur une méthode inhabituelle : l'image précédait le texte. Rowlandson préparait les scènes, puis Combe composait les vers nécessaires pour les relier et leur donner une continuité narrative. Un témoin rapporte que l'écrivain épinglait les dessins sur un paravent dans son logement dépendant de la prison pour dettes du King's Bench et rédigeait son texte au rythme des besoins de l'imprimeur.
Combe avait en effet connu une existence aussi mouvementée que celle de son héros. Après une jeunesse aventureuse et la dissipation de sa fortune, ses dettes le conduisirent en 1780 au King's Bench. Il passa une grande partie de sa vie ultérieure dans le périmètre surveillé de cette prison, poursuivant une production abondante, souvent anonyme ou pseudonyme, pour les éditeurs londoniens. Sa collaboration avec Rowlandson devait lui assurer son succès le plus durable.
La réussite fut immédiate. Dès 1813, le premier Tour atteignait sa cinquième édition. Le personnage revint en 1820 dans une quête de consolation, puis en 1821 dans une recherche d'épouse. D'un volume à l'autre, l'ambition esthétique initiale s'efface au profit de préoccupations plus personnelles, mais Syntax demeure le même voyageur opiniâtre, perpétuellement malmené par un monde qu'il prétend observer et comprendre.
Sa silhouette devint rapidement assez célèbre pour quitter les livres. Les compositions de Rowlandson furent adaptées sur des assiettes en faïence fine et en terre de fer, tandis que les manufactures du Staffordshire produisirent des figures et des groupes en pearlware représentant Syntax jouant aux cartes, attaqué par des brigands ou poursuivi par un taureau. L'ancien ecclésiastique satirique devenait ainsi un personnage de la culture domestique anglaise, présent sur les tables et les cheminées autant que dans les bibliothèques.
Une telle popularité ne pouvait manquer de susciter les imitateurs. The Tour of Doctor Syntax through London ne se présente ni comme un quatrième Tour officiel ni comme une oeuvre de William Combe. Son auteur anonyme s'abrite derrière le nom même du personnage, désormais suffisamment célèbre pour tenir lieu de signature. Syntax y quitte les routes, les lacs et les auberges de province pour les théâtres, les mascarades, les tavernes et les foules de la métropole.
L'attribution de ses illustrations a longtemps oscillé entre Thomas Rowlandson et Isaac Robert Cruikshank. Le British Museum, tout en maintenant cette attribution sous réserve, considère aujourd'hui la main de Cruikshank comme plus vraisemblable. Les planches reprennent délibérément la physionomie et le rythme narratif fixés par Rowlandson, mais les transposent dans une ville plus dense, bruyante et théâtrale.
La présence de ce volume aux côtés de la trilogie authentique donne à l'ensemble toute sa cohérence. Les trois premiers livres suivent la création et le développement du personnage par Combe et Rowlandson ; le quatrième marque le moment où leur héros, passé dans l'imaginaire collectif, peut poursuivre ses aventures sans eux.
Bel ensemble en reliure uniforme, réunissant les trois Tours authentiques et l'une de leurs plus fameuses imitations. Avec ses 97 planches coloriées et ses trois titres gravés, il retrace la fortune complète du docteur Syntax, depuis sa naissance dans les pages d'Ackermann jusqu'à son appropriation par les illustrateurs, les éditeurs et les potiers de l'Angleterre romantique.