
Edition originale sur papier courant.
Agréable exemplaire en dépit d'une tache sur la tranche.
Envoi autographe signé de Jorge Semprun : "à Françoise Giroud, ce nouvel exercice de mémoire Avec mon amitié"
Publié le 4 octobre 1994 chez Gallimard, L’Écriture ou la vie couronne un cheminement d’écriture entamé par Jorge Semprún dès son retour du camp de concentration de Buchenwald. Après Le Grand Voyage, ce nouveau témoignage lui vaut la même année le prix Fémina Vacaresco, puis en 1995 le prix littéraire des Droits de l’Homme et le prix de la ville de Weimar.
Françoise Giroud siège précisément au jury du Fémina depuis 1992, mais cet envoi amical à la fondatrice de L’Express semble aller au-delà de la simple stratégie éditoriale. Si les deux écrivains ne partagent pas les mêmes convictions politiques, Semprún, un temps membre du parti communiste, Giroud figure du Parti radical et de l’UDF, leurs parcours se répondent de façon frappante. Etrangers de naissance puis naturalisés français, de parents séfarades originaires de l’Empire ottoman, ils ont l’un et l’autre choisi la France comme patrie de cœur et de combat. Résistants, ils sont arrêtés par la Gestapo : Semprún est incarcéré et torturé à la prison d’Auxerre avant sa déportation à Buchenwald ; Giroud échappe de justesse à la déportation, mais sa sœur aînée, Djénane Gourdji, qui avait fondé et animé dès 1941 l’un des tout premiers mouvements de résistance de Clermont-Ferrand, fut internée au camp de Ravensbrück.
Après-guerre, l’un et l’autre s’investissent en politique et exercent chacun de hautes fonctions liées à la culture. Giroud est nommée secrétaire d’État à la Culture du gouvernement Giscard d’Estaing, Semprún devient ministre de la Culture du gouvernement socialiste espagnol de Felipe González.
Leurs routes manquent de se croiser au Journal du Dimanche, dont Giroud vient d’abandonner cette même année 1994 la chronique littéraire, poste que Semprún reprendra dès 1995.
C’est donc à sa consœur de lettres et sœur d’armes que Semprun offre ce témoignage capital de la littérature concentrationnaire, et plus largement l’une des grandes réflexions du siècle sur la mémoire et la résilience.
Rare et précieux témoignage de complicité entre deux résistants qui ont ensuite engagé toute leur force et leur intelligence dans le laborieux et éternel combat contre l'oubli.