
Édition originale de l’Album d’un pessimiste, ici dans son tout premier état, particulièrement rare. L’exemplaire porte encore, au titre comme au faux-titre, la mention Œuvres posthumes.
Trois états de cette édition sont connus. Le premier, celui-ci, conserve Œuvres posthumes au titre et au faux-titre. Dans un second état, une nouvelle page de titre porte Album d’un pessimiste, tandis que le faux-titre reste inchangé ; c’est l’état le plus souvent décrit par les bibliographes. Un troisième état, daté de 1836, adopte à nouveau Album d’un pessimiste au titre et modifie également l’appareil liminaire, la notice annoncée de L’Héritier laissant place à une notice biographique extraite de la Biographie universelle de Michaud.
Reliures de l’époque en demi-chagrin noir. Dos à faux nerfs ornés de filets gras à froid, titre et tomaison dorés. Nom du possesseur « Gauger » en queue. Petites traces de frottement aux coiffes, deux coins légèrement émoussés, quelques rousseurs très pâles. Bon exemplaire.
Les textes de Rabbe sont précédés du poème de Victor Hugo, À Alphonse Rabbe, que celui-ci reprend la même année dans Les Chants du crépuscule. L’ensemble fut réuni et édité par Léon Rabbe, neveu de l’écrivain, plusieurs années après la mort de celui-ci.
L’Album rassemble essais, maximes, méditations, commentaires et poèmes en prose dominés par les thèmes de l’échec, du désenchantement et du désespoir. Rabbe, atteint de syphilis après son séjour en Espagne et devenu dépendant à l’opium, meurt en 1829 après l’absorption d’une forte dose, sans que l’on puisse trancher avec certitude entre suicide et accident. Cette tonalité sombre traverse tout le recueil et explique en partie la place singulière qu’il occupera dans le romantisme noir français.
Victor Hugo lui rend hommage en ouverture ; quelques décennies plus tard, Baudelaire évoquera encore Rabbe dans Fusées, jusqu’à parler d’un « ton Alphonse Rabbe ». Tandis que son nom s’inscrit ainsi peu à peu dans la mémoire littéraire du siècle, le livre continue encore de changer de titre d’un état à l’autre..
Dans ce premier état, le livre n’est pas encore devenu l’Album d’un pessimiste sous lequel il passera à la postérité : il paraît encore comme de simples Œuvres posthumes. Le changement de titre, repris dès les états suivants, donne à cet exemplaire une place particulière dans l’histoire même du texte.