
Édition originale de la traduction française de Typhoon par André Gide, achevée d'imprimer le 25 juin 1918 aux Éditions de la Nouvelle Revue Française, dans la petite collection à couverture bleue réservée notamment aux œuvres et traductions de Gide. Un des 300 exemplaires numérotés sur papier de Rives, seul grand papier, celui-ci n° 250.
Reliure en demi maroquin noir à bandes, signée Creuzevault en tête de la garde. Dos lisse, titre en long, titre et tête au palladium. Couvertures et dos conservés. Quelques frottements sur les plats et aux coins, légères traces de frottement aux mors. Rare exemplaire dont les couvertures bleues ont conservé leur teinte.
La traduction avait paru quelques mois plus tôt, en mars 1918, dans La Revue de Paris, avant cette première édition en volume. Elle s'inscrit dans une relation littéraire et personnelle nouée plusieurs années auparavant entre Gide et Conrad. En juillet 1911, Agnes Tobin conduit Gide et Valery Larbaud auprès de l'écrivain à Capel House ; de cette rencontre naît une amitié durable, accompagnée chez Gide du désir de contribuer à faire connaître en France une œuvre qu'il admire profondément.
Typhoon devient l'un des premiers grands terrains de cette médiation. Gide ne cherche pas seulement à transposer le texte anglais ; il entreprend d'en restituer en français la tension, le rythme et la densité, quitte à prendre avec la lettre du texte des libertés qui alimenteront longtemps la discussion critique. La traduction de Conrad devient ainsi pour lui un véritable travail d'écrivain, situé à la frontière entre fidélité, interprétation et recréation littéraire.
Cette singularité explique en partie la fortune durable du texte. René Rapin devait en examiner minutieusement les écarts et les réussites ; Sylvère Monod, après une comparaison approfondie avec d'autres versions françaises, la qualifia de « phénomène fascinant dans l'histoire de la littérature française du XXe siècle, comme dans celle de la traduction littéraire en général ». Sa reprise dans la Bibliothèque de la Pléiade, puis dans l'édition bilingue de Typhoon/Typhon en Folio, a consacré une version devenue elle-même un jalon de la réception française de Conrad.
Le présent exemplaire réunit les caractéristiques les plus désirables de cette première édition en volume : le tirage de tête sur Rives, les couvertures bleues remarquablement préservées et une reliure signée Creuzevault. Il conserve ainsi, dans une forme bibliophilique particulièrement aboutie, la première apparition en livre de l'une des traductions les plus célèbres d'André Gide et de l'un des textes par lesquels Conrad s'imposa durablement dans les lettres françaises.