
Edition originale, un des exemplaires du service de presse.
Quelques marques de lectures dans les marges.
Reliure à la bradel en demi maroquin rouge framboise, dos lisse, date en queue, plats de papier marbré, couvertures conservées, tête dorée, reliure signée de P. Goy & C. Vilaine.
Envoi autographe signé d'Albert Camus à Gilbert Sigaux, compagnon de Combat : "... avec l'affectueuse pensée de son vieux camarade..."
Romancier, prix Interallié 1949 et journaliste à Combat, Sigaux avait milité aux côtés de Camus au sein des Groupes de liaison internationale.
Second volume des chroniques de Camus, Actuelles II rassemble les textes de combat des années 1948-1953. Le cœur du livre, les « Lettres sur la révolte », réunit les réponses de Camus aux attaques suscitées par L’Homme révolté : à André Breton, aux libertaires du Libertaire, à Francis Jeanson et, à travers lui, à Sartre, dans la lettre au directeur des Temps modernes reprise sous le titre « Révolte et servitude », qui consomma la rupture entre les deux écrivains.
Si Gilbert Sigaux fut, comme Camus, journaliste à Combat, et s’il donna dans ses colonnes une critique très élogieuse du premier volume d’Actuelles, ce n’est pas par simple reconnaissance confraternelle que Camus lui adresse ce nouvel ensemble d’écrits politiques et engagés.
A partir de novembre 1948, les deux hommes partagent un nouveau combat en parfaite opposition à la pensée manichéenne que Camus reprochera ensuite à Sartre :
« Il ne s’agit pas d’ajouter encore à la haine du monde et de choisir entre deux sociétés ».
Cette affirmation d’une possibilité de révolte sans concession mais sans rejet de l’autre, est un des fondement des Groupes de liaison internationale fondés en novembre 1948 à l’initiative du syndicaliste Roger Lapeyre autour de Camus qui rédigea l’essentiel du manifeste. Sigaux le signa à ses côtés et devint l’un des membres actifs du groupe.
Ensemble, ils tentèrent « de faire connaître en Europe l’existence des non-conformistes américains et des opposants russes (…) de rendre une voix enfin à tout ce qui, dans l’histoire déshonorée que nous vivons, donnera à des millions de solitaires des raisons lucides et valables d’espérer ». Réunis dans les locaux de Force ouvrière, rue de l’Université, écrivains, syndicalistes et libertaires y venaient en aide aux républicains espagnols et aux réfugiés de l’Est, et publièrent en 1949-1950 quatre bulletins, dont un consacré au travail forcé en URSS. Daniel Martinet, l’un d’eux, écrira que leur « seul ciment » était « la personnalité d’Albert Camus ». De fait, cette aventure humaniste pris fin, « sans que les gens qui y avaient participé se perdent de vue » (cf. Maintron), après le départ de Camus pour l’Amérique du Sud et sa maladie en 1950.
Actuelles II fait entendre cet engagement intransigeant mais jamais inféodé qui les avait réunis, à travers des tribunes publiques et des fidélités antitotalitaires : discours contre l’entrée de l’Espagne franquiste à l’UNESCO, allocution « Le pain et la liberté » devant les syndicalistes de Saint-Étienne en mai 1953, préface aux souvenirs d’Alfred Rosmer, Moscou sous Lénine.
Précieux exemplaire du service de presse de ce véritable manifeste d’un non-aligné, adressé par Camus à son « vieux camarade » des tribunes de Combat et des combats de tribuns.