Lettre autographe signée de Roland Barthes à René Wintzen
s. l. 26 décembre 1955|21 x 27 cm|une page sur une feuille
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Lettre autographe signée de Roland Barthes à René Wintzen de 19 lignes écrites à l'encre bleue, une rature de la main de l'expéditeur. Pliures causées par l'envoi postal, quelques mots soulignés. Roland Barthes envoie cette lettre à René Wintzen pour le prévenir de sa présence à un colloque organisé par ce dernier. Son interlocuteur est l'ancien rédacteur en chef de Documents, revue des questions allemandes. René Wintzen dirige, au moment de la rédaction de cette lettre, les éditions et la revue Vent Debout et participe à l'hebdomadaire allemand Nouvelle de France, il organise aussi des colloques sur la littérature. Roland Barthes explique sa volonté de se consacrer à son travail du CNRS : « Je suis en train de suspendre pour plusieurs mois toutes mes activités qui ne concernent pas le CNRS avec qui je risque de grosses difficultés si je continue cette double ou triple vie : cela devient absolument impératif ». Cette « triple vie » a commencé depuis peu pour Barthes qui est intronisé dans les milieux intellectuels en 1947 par Maurice Nadeau. Au début des années 1950, il emploie son énergie à plusieurs activités : le théâtre, comme spectateur et critique, la littérature où il devient un interlocuteur majeur grâce au succès du Degré zéro de l'écriture en 1953, mais aussi aux débats. Néanmoins, Roland Barthes fait de son travail au CNRS une priorité, il le dit lui-même dans une lettre à Marcel Arland un an plus tôt : « je ne me sentirai pas libre vis-à-vis de la littérature avant d'avoir épuisé toutes les chances d'avoir l'appui du CNRS, ce qui pour le moment impose des sacrifices de temps. » 1955 est une année où Barthes est sur tous les fronts. En effet, il participe et s'engage dans trois débats d'importance : avec Camus au sujet de La Peste, avec Jean Paulhan à propos des Petites mythologies du mois que Barthes écrit dans les pages de la Nouvelle NRF, et enfin pour la défense de la pièce Nekrassov de Sartre. Si cet engagement marque l'importance progressive que prend sa parole dans les milieux littéraires, elle lui demande aussi beaucoup d'investissement, le détourne de ses tâches du CNRS, et l'oblige à refuser des invitations : « Il faut que je vous dise tout de suite que cette année il me sera absolument impossible de participer aux Rencontres. » Il s'engage malgré tout auprès de René Wintzen à participer à une rencontre à Vézelay où il s'exprimera sur les rapports entre littérature et réalisme.