
Photographie originale sur papier albuminé représentant Jules Verne de profil, au format carte de visite, contrecollée sur carton fort de l'atelier Nadar, 51 rue d'Anjou-Saint-Honoré à Paris. Annotation ancienne à la plume au verso identifiant Jules Verne, informations publicitaires imprimées de l'atelier avec la mention « Médaille d'or, Exposition universelle 1878 », et tampon bleu « J. Kuhn, Paris ». Carton à coins arrondis ; très légère usure d'angle, sans autre défaut notable.
Le carton utilisé par Nadar, dont la réclame rappelle la médaille d'or obtenue à l'Exposition universelle de 1878, permet de dater ce tirage après cette date. La Bibliothèque nationale de France conserve dans les albums de référence de l'atelier plusieurs portraits de Jules Verne, répertoriés sous les numéros 3436 et 3437 et largement datés entre 1875 et 1895.
Jules Verne et Nadar se connaissent depuis le début des années 1860, au moment où le photographe engage sa spectaculaire campagne en faveur de la locomotion aérienne par le « plus lourd que l'air ». Lorsqu'il fonde en 1863 la Société d'encouragement de la navigation aérienne au moyen du plus lourd que l'air, Verne figure parmi la douzaine de personnalités qui l'entourent ; un papier à en-tête conservé dans les collections verniennes de Nantes le mentionne expressément parmi les censeurs de la Société. La même année, l'écrivain publie « Nadar aéronaute » dans le Musée des Familles, tandis que Nadar fait construire le Géant, immense ballon dont la première ascension a lieu en octobre.
Cette proximité passe bientôt de l'aéronautique au roman. Dans De la Terre à la Lune, paru en 1865, Verne donne à l'aventurier français Michel Ardan un nom qui est l'anagramme de Nadar ; le personnage reparaîtra dans Autour de la Lune. Sa description physique prolonge l'hommage en empruntant plusieurs traits à la personnalité exubérante du photographe : « C'était un homme de quarante-deux ans, grand, mais un peu voûté déjà, comme ces cariatides qui portent des balcons sur leurs épaules. Sa tête forte, véritable hure de lion, secouait par instants une chevelure ardente, qui lui faisait une véritable crinière. » Sous le déplacement de quelques lettres, l'ami aéronaute entrait ainsi dans l'univers des Voyages extraordinaires.
Lorsque cette carte de visite est tirée, après 1878, Verne est déjà l'auteur du Tour du monde en quatre-vingts jours, de Michel Strogoff, d'Hector Servadac et d'Un capitaine de quinze ans ; Nadar, dont le nom était devenu celui d'un héros vernien treize ans auparavant, fixe à son tour l'image de l'écrivain.
Ce portrait réunit ainsi, dans un même objet, la relation personnelle et intellectuelle de deux hommes que les expériences aéronautiques des années 1860 avaient rapprochés : l'atelier Nadar photographie ici l'écrivain qui, sous le nom de Michel Ardan, avait déjà fait entrer son ami dans la fiction.