Logo Édition Originale
  • La librairie
  • Contact
  • Flag fr
    • Icone favoris
    • Connexion
    • Icone panier

Littérature
LittératureÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesLivres illustrésLittérature étrangèreRomans, nouvelles et contesPoésieThéâtreMémoires, biographies et essaisCuriosa
Livres Anciens (1455-1820)
Livres Anciens (1455-1820)Éditions originalesLittératurePhilosophieBeaux-ArtsHistoireSciencesReligionsVoyagesLivres à planches
Beaux-arts
Beaux-artsÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesPeinture & dessinSculpturePhotographieCinémaThéâtreMusique & DanseArchitecture & UrbanismeDesign & mobilier ancienMode
Histoire
HistoireÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesPréhistoire & AntiquitéMoyen ÂgeRenaissance & Temps ModernesRévolution & Premier EmpireDe la Restauration à la CommuneFin de Siècle & Belle ÉpoquePremière Guerre mondialeL'Entre-deux-guerresSeconde Guerre mondialePériode contemporaine (après 1945)À travers les siècles
Voyages & Horizons lointains
Voyages & Horizons lointainsÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesEuropeLes AmériquesMoyen-Orient et Monde arabeAfrique subsaharienneAsieOcéanieÀ travers le monde
Sciences, Médecine & Techniques
Sciences, Médecine & TechniquesÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesMédecineSciences physiques & ChimieSciences naturellesGéographie & AstronomieLogique & MathématiquesTechniques & Métiers
Sciences humaines
Sciences humainesÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesSociologie & EthnologiePhilosophiePsychanalyse & Psychologie Droit & JurisprudenceÉconomie & PolitiqueLinguistique
Religions & Spiritualités
Religions & SpiritualitésÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesJudaïsmeChristianismeIslamSpiritualités & BouddhismeMythologies & PaganismesSorcellerie & DémonologieÉsotérisme & Spiritisme
Histoire sociale
Histoire socialeÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesAnarchisme, Utopie, Société idéaleSocialisme, CommunismeSyndicalisme, Condition ouvrièreCommune de ParisTotalitarismes
Revues littéraires & artistiques
Revues littéraires & artistiquesRevues littérairesPréoriginalesSymbolistes & DécadentsDadaïsme & SurréalismeAvant-gardeArt & PoésieRevues satiriquesJournaux anciensRevues illustrées
Régionalisme France
Régionalisme FranceNord, Picardie, NormandieAlsace & LorraineParis & Île-de-FranceBretagne & Pays de la LoireCentre, Auvergne, LimousinLyonnais, Dauphiné, AlpesBourgogne, Franche-Comté, ChampagneSud-Ouest & LanguedocCharentes & AquitaineProvence, Côte d'Azur, CorseÀ travers la France
Arts de vivre
Arts de vivreÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesGastronomie & ŒnologieChasse, pêche & natureCirque & PrestidigitationSport & jeuxCaricatureNoblesse, Héraldique & généalogieBibliographie & Arts du livre
Envois d'auteurs, dédicaces
Envois d'auteurs, dédicaces
LittératureBeaux-artsHistoireVoyages & Horizons lointainsSciences, Médecine & TechniquesSciences humainesReligions & SpiritualitésHistoire socialeArts de vivre
Lettres autographes & Manuscrits
Lettres autographes & ManuscritsManuscrits littérairesManuscrits d'artistesManuscrits historiquesManuscrits scientifiquesPhotographies dédicacées
Œuvres d'art
Œuvres d'artGravures du XVIᵉ au XVIIIᵉGravures & Lithographies XIXeEstampes XXèmeAffiches illustréesPeintures & SculpturesDessins, Encres & AquarellesPhotographiesDescription de l'ÉgypteCartes anciennes
Livres Illustrés
Livres IllustrésLivres à planches XVIᵉ et XVIIᵉ sièclesIllustrés du XVIIIᵉ siècleIllustrés romantiques (1800-1860)Illustrés fin de siècle (1860-1900)Illustrés modernesIllustrés contemporainsLivres de peintres
Beaux-arts
Beaux-artsÉditions originalesEnvois d'auteurs, dédicacesPeinture & dessinSculpturePhotographieCinémaThéâtreMusique & DanseArchitecture & UrbanismeDesign & mobilier ancienMode
Sur la plage... les pavés.Sur la plage... les pavés.
Sur la plage... les pavés.

Lecteurs pantagruéliques, délaissez les menus récits et commandez à la carte nos pavés : épopées, sagas, odyssées, fresques, monuments romans-fleuve, sommes, cycles, tétralogies…

Chefs-d’œuvre à consommer sans modération, jusqu’à la substantifique moelle !

Nouvelles & ContesNouvelles & Contes
Nouvelles & Contes

Si vous n’avez pas le temps pour Guerre et Paix, choisissez un chef d’œuvre guère épais : les histoires courtes sont souvent les meilleures et au bout du conte, ces brefs récits sont autant de nouvelles joies. Laissez donc le cœur simple de Bartleby métamorphoser les boules de suif en Vénus d’Ille…

Les auteurs antiquesLes auteurs antiques
Les auteurs antiques

Des classiques attiques aux caciques atypiques, Invitez-vous au banquet des antiques. Au menu : latin, farsi, hauts livres grecs, versets divins de sarrasins et gratins mandarins.

Littérature étrangèreLittérature étrangère
Littérature étrangère

Pardon my non french ! Vous êtes tous excusés étranges étrangers qui nous ravissez de vos langues alanguies, vos lexiques épiques et vos diamants d’idiomes. Laissez-nous savourer vos emphases en phrasés et idées inédites dans la langue de Shakespeare, Goethe, Li Po, Dante, Cervantes, Khayyam, Sappho ou les traductions de Gide, Nerval, Judith Gauthier, Rivarol, Oudin, Toussaint ou Renée Vivien !

Nos chers contemporainsNos chers contemporains
Nos chers contemporains

Une traversée des œuvres de celles et ceux qui écrivent, imaginent et créent depuis la fin du XXᵉ siècle. Cette sélection réunit des œuvres où se reflètent les mutations d’une époque - gestes littéraires, voix singulières, regards neufs. Autant de livres et pièces choisies pour saisir, à travers leurs traces matérielles, la présence vivante de nos contemporains.

Parcourir toutes nos sélections
Vous souhaitez être accompagné par notre libraire pour trouver un cadeau ?
Notre équipe vous enverra un choix personnalisé dans un délai d'environ 24 heures.
Je préfère être contacté(e) par
Explorer
Recherche avancée
  • Accueil
  • Toutes les œuvres
  • Nouveautés
Parcourir
Tous nos universNos catalogues
Ressources
  • Auteurs
  • Éditeurs
  • Relieurs
Services
VendreConciergerieCréer une alerte
  • Media
  • À propos
  • Où nous trouver ?
  • Contact
Langue
Flag fr
Logo Édition Originale
Flag fr
Connexion
Icone panier
Livres Rares
Autographes
Art
Offrir
ExpertiseActualités

Librairie Le Feu Follet•31 rue Henri Barbusse, 75005 Paris•01 56 08 08 85•11h à 19h du lundi au vendredi
Edition-Originale.com
Univers
Media / Les enquêtes

28 juin 2022

Baudelaire & Hugo : la tempétueuse rencontre littéraire de l'Albatros et de l'Homme Océan


Deux ans après Les Fleurs du mal, Baudelaire fait paraitre confidentiellement une « notice littéraire » sur Gautier pour lequel il obtint une lettre préface de Victor Hugo. Sous son allure de simple panégyrique du poète impeccable, cette unique collaboration littéraire est le lieu d'un combat idéologique majeur entre les deux immenses poètes qui signent ici leurs manifestes respectifs : celui de l'art pour l'art contre celui de l'art pour le progrès. Découvrez, à travers cet exemplaire d'exception offert à Paul Meurice, ami intime des deux géants, l'histoire de cette rencontre tempétueuse entre l'Albatros et l'Homme Océan.

Deux ans après Les Fleurs du mal, Baudelaire fait paraitre confidentiellement une « notice littéraire » sur Gautier pour lequel il obtint une lettre préface de Victor Hugo. Sous son allure de simple panégyrique du poète impeccable, cette unique collaboration littéraire est le lieu d’un combat idéologique majeur entre les deux immenses poètes qui signent ici leurs manifestes respectifs : celui de l’art pour l’art contre celui de l’art pour le progrès. Découvrez, à travers cet exemplaire d’exception offert à Paul Meurice, ami intime des deux géants, l’histoire de cette rencontre tempétueuse entre l’Albatros et l’Homme Océan.

La Librairie le Feu follet vous présente un exemplaire unique de la seule oeuvre réunissant Charles Baudelaire et Victor Hugo, offerte à leur ami commun : Paul Meurice. 

 


 
Charles BAUDELAIRE & Victor HUGO
Théophile Gautier. Notice littéraire précédée d'une lettre de Victor Hugo.
Poulet-Malassis et de Broise, Paris 1859, 11,5x18cm, relié.
Édition originale, dont il n'a été tiré que 500 exemplaires.
Portrait de Théophile Gautier gravé à l'eau forte par Emile Thérond en frontisipice.


Importante lettre préface de Victor Hugo.

Reliure en plein maroquin rouge, dos à cinq nerfs sertis de filets noirs, date dorée en queue, gardes et contreplats de papier à la cuve, ex-libris baudelairien de Renée Cortot encollé sur la première garde, couvertures conservées, tête dorée.
Pâles rousseurs affectant les premiers et derniers feuillets, bel exemplaire parfaitement établi.

Rare envoi autographe signé de Charles Baudelaire : « à mon ami Paul Meurice. Ch. Baudelaire. »
Un billet d'ex-dono autographe de Victor Hugo adressé à Paul Meurice à été joint à cet exemplaire par nos soins et monté sur onglet.
 
 

Ce billet, qui ne fut sans doute jamais utilisé, avait été cependant préparé, avec quelques autres, par Victor Hugo pour offrir à son ami un exemplaire de ses œuvres publiées à Paris, pendant son exil. Si l'histoire ne permit pas à Hugo d'adresser cet ouvrage à Meurice, ce billet d'envoi, jusqu'à lors non utilisé, ne pouvait être, selon nous, plus justement associé.
 
 

Cette exceptionnelle dédicace manuscrite de Charles Baudelaire à Paul Meurice, véritable frère de substitution de Victor Hugo, porte le témoignage d'une rencontre littéraire unique entre deux des plus importants poètes français, Hugo et Baudelaire.

Paul Meurice fut en effet l'intermédiaire indispensable entre le poète condamné et son illustre pair exilé, car demander à Victor Hugo d'associer leurs noms à cette élégie de Théophile Gautier fut une des grandes audaces de Charles Baudelaire et n'aurait sans doute eu aucune chance de se réaliser sans le précieux concours de Paul Meurice.

Nègre de Dumas, auteur de Fanfan la Tulipe et des adaptations théâtrales de Victor Hugo, George Sand, Alexandre Dumas ou Théophile Gautier, Paul Meurice fut un écrivain de talent qui se tint dans l'ombre des grands artistes de son temps. Sa relation unique avec Victor Hugo lui conféra cependant un rôle déterminant dans l'histoire littéraire.

Plus qu'un ami, Paul se substitua, avec Auguste Vacquerie, aux frères décédés de Victor Hugo : « j'ai perdu mes deux frères ; lui et vous, vous et lui, vous les remplacez ; seulement j'étais le cadet ; je suis devenu l'aîné, voilà toute la différence. »


C'est à ce frère de cœur (dont il fut le témoin de mariage au côté d'Ingres et Dumas) que le poète en exil confia ses intérêts littéraires et financiers et c'est lui qu'il désignera, avec Auguste Vacquerie, comme exécuteur testamentaire.
Après la mort du poète, Meurice fondera la maison Victor Hugo qui est, aujourd'hui encore, une des plus célèbres demeures-musées d'écrivain.

En 1859, la maison de Paul est devenue l'antichambre parisienne du rocher anglo-normand de Victor Hugo, et Baudelaire s'adresse donc naturellement à cet ambassadeur officiel. Les deux hommes se connaissent assez peu mais partagent un ami commun, Théophile Gautier, avec lequel Meurice travailla dès 1842 à une adaptation de Falstaff. Il est donc l'intermédiaire idéal pour s'assurer la bienveillance de l'inaccessible Hugo.

Baudelaire avait pourtant déjà brièvement rencontré Victor Hugo. à dix-neuf ans, il sollicita une entrevue avec le plus grand poète moderne, auquel il vouait un culte depuis l'enfance :

« Je vous aime comme on aime un héros, un livre, comme on aime purement et sans intérêt toute belle chose. ». Déjà, il se rêvait en digne successeur, comme il lui avoue à demi-mot : « à dix-neuf ans eussiez-vous hésité à en écrire autant à [...] Chateaubriand par exemple ». Pour le jeune apprenti poète, Victor Hugo appartient au passé, et Baudelaire souhaitera rapidement s'affranchir de ce pesant modèle.


Dès son premier ouvrage, Le Salon de 1845, l'iconoclaste Baudelaire éreinte son ancienne idole en déclarant la fin du Romantisme dont Hugo est le représentant absolu : « Voilà les dernières ruines de l'ancien romantisme [...] C'est M. Victor Hugo qui a perdu Boulanger – après en avoir perdu tant d'autres – C'est le poète qui a fait tomber le peintre dans la fosse. »

Un an plus tard, dans le Salon de 1846 il réitère son attaque plus férocement encore, destituant le maître Romantique de son trône :

« car si ma définition du romantisme (intimité, spiritualité, etc.) place Delacroix à la tête du romantisme, elle en exclut naturellement M. Victor Hugo. [...] M. Victor Hugo, dont je ne veux certainement pas diminuer la noblesse et la majesté, est un ouvrier beaucoup plus adroit qu'inventif, un travailleur bien plus correct que créateur. [...] Trop matériel, trop attentif aux superficies de la nature, M. Victor Hugo est devenu un peintre en poésie ».


Ce meurtre du père ne pouvait se réaliser pleinement sans une figure de substitution. C'est Théophile Gautier qui servira de nouveau modèle à la jeune génération, tandis que Victor Hugo, bientôt exilé, ne devait plus publier d'autres écrits que politique pendant près de dix années. Ainsi, lorsque Baudelaire adresse un exemplaire de ses Fleurs du mal à Victor Hugo, il sait qu'il lui inflige cette terrible dédicace imprimée en tête « Au poète impeccable au parfait magicien ès Lettres françaises à mon très cher et très vénéré maître et ami Théophile Gautier ». L'animosité du jeune poète ne pouvait échapper à Victor Hugo. Et sans doute, Baudelaire ne s'attendait-il pas à la lumineuse réponse d'Hugo : « Vos Fleurs du mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles ».
 

Avec son article sur Théophile Gautier paru dans L'Artiste du 13 mars 1859, Baudelaire poursuit toujours le même but : refermer la page « Victor Hugo » de l'histoire de la littérature française.

Plus adroite et plus respectueuse que ses écrits précédents : « Nos voisins disent Shakespeare et Gœthe, nous pouvons leur répondre Victor Hugo et Théophile Gautier ! », la prose de Baudelaire se veut pourtant claire et définitive : Hugo est mort, vive Gautier, « cet écrivain que l'univers nous enviera, comme il nous envie Chateaubriand, Victor Hugo et Balzac. »
 

Les critiques ne s'y trompèrent pas et l'accueil de l'article fut glacial. Baudelaire eut alors l'idée folle d'associer Victor Hugo lui-même à sa propre destitution et de faire ainsi publier sous leur deux noms l'avènement d'une nouvelle ère poétique dont ce fascicule est le manifeste.

De son propre aveu, l'impertinent poète avait déjà « commis cette prodigieuse inconvenance [d'envoyer son article à Victor Hugo sur] papier imprimé sans joindre une lettre, un hommage quelconque, un témoignage de respect et de fidélité. » Nul doute que le désir de Baudelaire fut alors d'adresser un soufflet à son aîné. L'affaire en serait sans doute restée là sans l'intervention de Paul Meurice. Il informa le fougueux poète de l'appréciation bienveillante du maître qui se serait fendu d'une lettre sans aucun doute aimable mais définitivement perdue.

Apprenant cela, Baudelaire rédige à son tour une lettre à Victor Hugo d'une incroyable audace et sincérité :

« Monsieur, J'ai le plus grand besoin de vous, et j'invoque votre bonté. Il y a quelques mois, j'ai fait sur mon ami Théophile Gautier un assez long article qui a soulevé un tel éclat de rire parmi les imbéciles, que j'ai jugé bon d'en faire une petite brochure, ne fût-ce que pour prouver que je ne me repens jamais. — J'avais prié les gens du journal de vous expédier un numéro. J'ignore si vous l'avez reçu ; mais j'ai appris par notre ami commun, M. Paul Meurice, que vous aviez eu la bonté de m'écrire une lettre, laquelle n'a pas encore pu être retrouvée ».


Sans fard, il expose ses intentions, ne niant ni l'impertinence de son article, ni la raison profonde de sa demande :

« J'ai voulu surtout ramener la pensée du lecteur vers cette merveilleuse époque littéraire dont vous fûtes le véritable roi et qui vit dans mon esprit comme un délicieux souvenir d'enfance. [...] J'ai besoin de vous. J'ai besoin d'une voix plus haute que la mienne et que celle de Théophile Gautier, — de votre voix dictatoriale. Je veux être protégé. J'imprimerai humblement ce que vous daignerez m'écrire. Ne vous gênez pas, je vous en supplie. Si vous trouvez, dans ces épreuves, quelque chose à blâmer, sachez que je montrerai votre blâme docilement, mais sans trop de honte. Une critique de vous, n'est-ce pas encore une caresse, puisque c'est un honneur ? »

Il n'épargne pas même Gautier, « dont le nom a servi de prétexte à mes considérations critiques, je puis vous avouer confidentiellement que je connais les lacunes de son étonnant esprit ».

C'est naturellement à Paul Meurice qu'il confie sa « lourde missive ». Ne doutant pas d'une réponse positive, « la lettre de Hugo viendra sans doute mardi, et magnifique je le crois » (lettre à Poulet-Malassis, le 25 septembre 1859), Baudelaire apporte un soin particulier à la mise en valeur du prestigieux préfacier dont le nom sera imprimé dans la même taille de police que le sien.

Pourtant la lettre tarde à arriver et c'est encore auprès de Meurice que se plaint Baudelaire : « Il est évident que si une raison quelconque empêchait M. Hugo de répondre à mon désir, il me l'aurait fait savoir. Je dois donc supposer un accident. » (Lettre à Paul Meurice du 5 octobre 1859). En effet, Victor Hugo a bien envoyé sa réponse-préface, elle arrive peu après et Baudelaire la fait intégralement imprimer en tête de son Théophile Gautier.

Il ne s'agit pourtant pas d'une simple préface, mais d'une véritable riposte, rédigée avec toute l'élégance du maître. Hugo ne se contente pas des lourds attributs que lui prête Baudelaire qui, dans ce même ouvrage, qualifie ainsi le poète des Contemplations :

« Victor Hugo, grand, terrible, immense comme une création mythique, cyclopéen, pour ainsi dire, représente les forces énormes de la nature et leur lutte harmonieuse. »


Au manifeste de Baudelaire :

« Ainsi le principe de la poésie est, strictement et simplement, l'aspiration humaine vers une Beauté supérieure. [...] Si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique (..) La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de déchéance, s'assimiler à la science ou à la morale ; elle n'a pas la Vérité pour objet, elle n'a qu'Elle-même. »


Hugo oppose ses propres préceptes :

« Vous ne vous trompez pas en prévoyant quelque dissidence entre vous et moi. [...] Je n'ai jamais dit l'Art pour l'Art ; j'ai toujours dit l'Art pour le Progrès. [...] Le poète ne peut aller seul, il faut que l'homme aussi se déplace. Les pas de l'Humanité sont donc les pas même de l'Art. »

N'en déplaise à Baudelaire, l'écrivain qu'il rangeait dans les « délicieux souvenirs d'enfance » est loin d'avoir achevé son œuvre immense. C'est dans ce petit fascicule de l'un de ses féroces adversaires, qu'il annonce la voie de son écriture à venir : La Légende des siècles, qui doit paraître ce même mois, et surtout trois ans plus tard, Les Misérables, la plus importante fresque sociale et humaniste de la littérature mondiale.

Baudelaire adressa des exemplaires dédicacés de son Gautier aux artistes qu'il admirait dont Flaubert, Manet ou Leconte de Lisle, preuve de l'importance qu'il accordait à cette profession de foi esthétique. Malgré sa si précieuse collaboration, Victor Hugo reçut une lettre de remerciements mais aucun exemplaire dédicacé de « leur » opuscule. Cependant, une récente étude à la lumière noire a permis de déceler un envoi à son intention « en témoignage d'admiration » gratté puis recouvert d'une dédicace palimpseste à M. Gélis. Ce repentir est symbolique de la relation d'amour-haine qu'entretiendront les deux poètes leurs vies durant.
C'est donc à travers cet exemplaire offert à « [s]on ami Paul Meurice » que Baudelaire choisit de remercier le clan Hugo de cette exceptionnelle rencontre littéraire.

Le Théophile Gautier de Baudelaire et Hugo est donc, sous son apparente modestie, un double manifeste des deux grands courants de la poésie : « L'Albatros » de Baudelaire, contre l'« Ultima verba » de Hugo. Tandis que « les ailes de géants [du premier] l'empêchent de marcher », le second « reste proscrit, voulant rester debout ».
Et s'il n'en reste que deux, ce seront ces deux-là !


Provenance : Paul Meurice, puis Alfred et Renée Cortot.
 
 


 







Accédez à la fiche complète et à toutes les photographies.

Pour en savoir plus : 

"Charles Baudelaire", Théophile Gautier.
"A Théophile Gautier", long poème de Victor Hugo. 
"
Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains", Charles Baudelaire. 
L'art pour l'art de Théophile Gautier. Série de podcasts France Culture.
Paul Meurice, Fondateur du musée Victor Hugo.

 
Les enquêtes
Les enquêtes
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir, mais aussi ce que vous croyez déjà savoir, ce que vous ne saviez pas ignorer, ce dont vous pensiez que l’on ne savait rien et quelques autres savants secrets. Les enquêtes du Feu Follet sont comme votre curiosité, pertinentes et impertinentes.

Rubriques
ÉditorialLes enquêtesÉvénementsCataloguesÉchosEssais bibliographiquesLexique bibliophiliquePortfolioL'énigmeLa Lettre du Feu FolletTout

Une question, un commentaire ?
Discutons

Recevez nos articles dans la Lettre du Feu Follet
Je m'inscris
Découvrir d'autres articles
4 septembre 2026
Le premier poème d'Aragon
On ne naît pas Aragon, on le devient, par le traumatisme de la première guerre, par le bouleversement du dadaïsme et l’enthousiasme du surréalisme, par les convictions communistes, par la Résistance à l’oppression, par l’amour… Et pourtant, avant le regard d’Elsa, les Affiches rouges, les camarades, les révolutions artistiques, avant même l’obus qui l’enterre dans les tranchées, Aragon est Aragon, dès le premier poème, fébrilement écrit au crayon sur un feuillet d’écolier et offert à son ami « Anicet »…
3 juillet 2026
Le manifeste politique de "Papapa" en tirage de tête offert à Jeanne et Georges
« Ce que mon fils a écrit, il l'a écrit, je le répète, parce que je le lui ai inspiré dès l'enfance, parce qu'en même temps qu'il est mon fils se­lon le sang, il est mon fils selon l'esprit, parce qu'il veut continuer la tradition de son père. »
19 juin 2026
La « joailleuse » aventure d'un bijou de bibliophilie
Dans la bibliothèque du célèbre joaillier Alexandre Reza se trouvait un diamant de la littérature, Chien Blanc. Une dédicace de Gary qui se référait aux « pierres précieuses » de leur jeunesse en a fait sans doute la pépite  de sa bibliothèque. En artiste du gemme, Reza a donc serti cette sublime parure d’une ultime émeraude, le dessin original d’une de ses créations.
Inscrivez-vous à la Lettre
du Feu Follet, un billet unique
sur l'inactualité du livre
Enquêtes minutieuses et passionnées, florilège de nouvelles acquisitions et catalogues en avant-première.
Services
Conseil
Nous achetons
Expertise
Offrir un cadeau
Conciergerie
Créer une alerte
Commandes
Commander
Paiement
Livraison
Retrait en magasin
Suivi de commande
Retour & échange
Satisfaction garantie
Certificats d'authenticité
À propos
Le Feu Follet
Histoire
Notre équipe
Engagements
Labels
Presse
Contact
Ressources
Auteurs
Éditeurs
Relieurs
Lieux d'édition
Glossaire
Mentions Légales
Conditions générales de vente
Conditions générales d'utilisation
Données personnelles & cookies
Dessin façade librairie Barbusse trait
01 56 08 08 85
[email protected]
Contactez-nous
Logo
Logo
Logo
Dessin façade librairie Barbusse trait
Librairie Le Feu Follet
31 rue Henri Barbusse
75005 Paris
La librairie vous accueille
du lundi au vendredi de 11 h à 19 h.
Dessin façade librairie Barbusse trait
Galerie Le 121
121 bd Saint-Michel
75005 Paris
La galerie vous accueille sur rendez-vous lors des expositions et événements.
Langue
English version
Flag fr
SIRET 412 079 873 · © Librairie Le Feu Follet – Edition-Originale.com · Tous droits réservés