
Édition originale.
Cartonnage d’éditeur ocre, pièce de titre noire au dos. Bien complet de sa jaquette illustrée, ornée au premier plat de la photographie d’un pistolet-mitrailleur et comportant une légère déchirure en tête du dos.
Bel envoi autographe signé pleine page de Luciano Lutring, daté du 9 février 1968 : « Ai fratelli Pierrot e Jean-Pierre Noël per ricordarsi anche nella lontananza, che un futuro migliore ci attende... La mia stima, amicizia e riconoscenza ; non vi sarà mai di troppo ! Luciano Lutring. » (Aux frères Pierrot et Jean-Pierre Noël, pour se souvenir, même dans l’éloignement, qu’un avenir meilleur nous attend... Mon estime, mon amitié et ma reconnaissance ; elles ne seront jamais de trop pour vous ! Luciano Lutring.) Les dédicataires sont vraisemblablement Pierre et Jean-Pierre Noël, jugés à Milan en 1966 avec le clan des Marseillais pour l’attaque de la bijouterie Colombo, via Montenapoleone.
Né à Milan en 1937 dans une famille qui le destinait au violon, Luciano Lutring doit au journaliste Franco Di Bella, du Corriere della Sera, son surnom de « solista del mitra » : il dissimulait sa mitraillette dans un étui à violon. Figure de la pègre milanaise des années 1960, crédité de quelque cinq cents vols à main armée entre l’Italie et la France, il cultive l’image d’un bandit gentilhomme, et plusieurs récits l’associent au casse le plus retentissant de l’époque : le 15 avril 1964, la bijouterie Colombo de la via Montenapoleone est dévalisée en plein après-midi par le clan des Marseillais de Giuseppe Rossi, dit Jo le Maire, pour un butin de plusieurs centaines de millions de lires. Les dédicataires de cet exemplaire, les frères Pierre et Jean-Pierre Noël, auraient alors agi alors sous ses ordres, l'opération étant placée sous l'autorité de Bernard Madeleine, figure du grand banditisme français des années 1960
Le 1er septembre 1965, Lutring est grièvement blessé lors d’une fusillade avec la police à Paris, puis arrêté ; condamné à vingt-deux ans de prison, il commence en cellule à écrire et à peindre. Il Solista del Mitra est le récit de cette vie, rédigé derrière les barreaux comme l’annonce la jaquette : « narra dal carcere le sue vicende ».
Le personnage avait déjà inspiré à Carlo Lizzani Svegliati e uccidi (Lutring... réveille-toi et meurs, 1966), où Robert Hoffmann l’incarne face à Gian Maria Volonté. Gracié par Georges Pompidou puis, après un passage à la prison de Brescia, par Giovanni Leone en 1977, Lutring finira ses jours au bord du lac Majeur, peintre et écrivain, et meurt à Verbania en 2013.
Précieux exemplaire de l’autobiographie carcérale du plus célèbre braqueur milanais, enrichi d’un envoi pleine page écrit en détention à deux frères du milieu franco-italien, vraisemblablement ses compagnons de l’époque des Marseillais.