
Édition originale de l’Ornithologie d’Angola de José Vicente Barbosa du Bocage, publiée à Lisbonne par l’Imprimerie nationale sous les auspices du ministère de la Marine et des Colonies, en deux parties successives, en 1877 puis en 1881. La page de titre de la première partie a été conservée dans cet exemplaire et placée avant celle de 1881, qui porte la date définitive de l’ouvrage.
L’illustration comprend dix planches hors texte en couleurs de John Gerrard Keulemans, lithographiées, aquarellées à la main et gommées, imprimées à Londres par Mintern Bros. « Pas dans Gay. Nissen, Illustrierten Vogelbücher, 74. Anker, Bird books, p. 69. Absent de Ronsil, Bibliographie ornithologique française. Zimmer, p. 39. »
Reliure de l’époque en demi-maroquin brun à coins, dos lisse à cinq faux nerfs légèrement éclairci, pièce de titre et pièce d’auteur de basane noire, lieu et date dorés en queue, plats de papier marbré à la cuve, gardes et contreplats de papier orange. Petits frottements.
Hommage autographe de Bocage en tête de la seconde page de titre, datée de 1881 : « British Ornithologists' Union, hommage de l'auteur ». Annotations manuscrites anciennes au crayon à la liste des planches. Agréable exemplaire offert par l’auteur à la British Ornithologists’ Union.
L’ouvrage rassemble près de quinze années de recherches conduites à Lisbonne sur l’avifaune angolaise. José Vicente Barbosa du Bocage (1823-1907), professeur de zoologie à l’École polytechnique, avait entrepris de réorganiser les collections zoologiques de son Muséum et d’enrichir systématiquement les séries provenant des territoires africains administrés par le Portugal. La section zoologique de l’établissement devait prendre officiellement son nom en 1905.
Une part essentielle du matériel étudié lui parvenait d’Angola grâce à José de Anchieta (1832-1897). À partir des années 1860, ce dernier parcourut l’intérieur du pays et adressa régulièrement à Lisbonne oiseaux, mammifères, reptiles et autres spécimens recueillis notamment autour de Benguela et de Caconda. Bocage les déterminait, décrivait les espèces nouvelles et publiait progressivement ses résultats ; entre 1867 et 1882, il donna ainsi vingt-quatre listes consacrées aux oiseaux des possessions portugaises d’Afrique occidentale. L’Ornithologie d’Angola rassemble et ordonne ce travail dispersé, largement nourri par les collectes d’Anchieta.
Le livre appartient aussi à un moment précis de l’histoire scientifique portugaise. Sa publication fut rendue possible par João de Andrade Corvo, professeur de botanique à l’École polytechnique puis ministre de la Marine et de l’Outre-mer, dont Bocage reconnaît expressément le soutien dans les pages liminaires. Le titre lui-même rappelle ce patronage gouvernemental. En 1877, année où paraît la première partie, Bocage accède également à la présidence de la Société de géographie de Lisbonne, qu’il conserve jusqu’en 1883.
À cette chaîne qui relie le terrain angolais au Muséum de Lisbonne s’ajoute John Gerrard Keulemans (1842-1912). Né aux Pays-Bas, installé en Angleterre à partir de 1869, il était devenu l’un des principaux illustrateurs ornithologiques de son temps. Sa propre carrière avait commencé par un séjour de collecte en Afrique occidentale ; à Londres, il travailla régulièrement avec Mintern Bros, qui imprima les dix lithographies coloriées de l’Ornithologie d’Angola.
L’hommage porté sur la seconde page de titre ajoute enfin une dernière étape au parcours du livre. Bocage l’adresse à la British Ornithologists’ Union, fondée en 1858 et liée depuis l’année suivante à The Ibis, l’une des grandes revues internationales de la discipline. Son travail, élaboré à Lisbonne à partir des collections venues d’Angola et illustré à Londres, était ainsi directement présenté au milieu ornithologique britannique auquel Keulemans collaborait lui-même régulièrement.
Cet exemplaire conserve ainsi la trace de presque toutes les étapes de cette entreprise scientifique et éditoriale : les oiseaux recueillis par Anchieta en Angola, étudiés et décrits par Bocage à Lisbonne, figurés à Londres par Keulemans, puis l’ouvrage lui-même adressé par son auteur à la British Ornithologists' Union.