
Réunion des trois grands traités de l’abbé Bertholon sur l’électricité, en cinq volumes in-8 reliés uniformément à l’époque.
De l’électricité du corps humain dans l’état de santé et de maladie, Paris, Croulbois, et Lyon, Bernuset, 1786, 2 volumes : seconde édition, considérablement augmentée, l’édition originale de 1780 ne comptant qu’un volume ; 6 planches dépliantes in fine du tome second.
De l’électricité des végétaux, Paris, P. F. Didot jeune, 1783 : édition originale, illustrée de 3 planches dépliantes et d’un tableau dépliant des maladies des végétaux.
De l’électricité des météores, Lyon, Bernuset, 1787, 2 volumes : édition originale, en émission lyonnaise, parue la même année que l’émission parisienne à l’adresse de Croulbois ; 6 planches dépliantes in fine du tome second.
Les quinze planches, gravées en taille-douce par L. Legrand, donnent à voir tout un arsenal de machines, d’expériences et de phénomènes : dispositifs d’électrisation appliqués au corps humain, électro-végétomètre, trombes marines, effets de la foudre sur l’océan, volcans.
Reliures en pleine basane havane mouchetée de l’époque, dos à nerfs ornés, pièces de titre et de tomaison de basane noire. Un trou de vers sur le dernier caisson du tome I du Corps humain, épidermure sur le plat inférieur du tome II, petit manque au caisson de queue du même volume. Estafilades sur le plat inférieur des Végétaux, pièce de titre frottée. Huit coins émoussés. Une galerie de vers de 1,5 cm en marge basse des quatorze premiers feuillets du tome I des Météores, allant en s’estompant ; dans le tome II, deux trous en marge basse à partir de la page 300, évoluant en deux minces galeries dans les derniers feuillets. Dans le tome I du Corps humain, large galerie de 2 cm jusqu’à la page 50. Ensemble frais. Bon exemplaire.
D’un traité à l’autre, Bertholon étend le domaine de l’électricité : dans le Corps humain, elle devient une force thérapeutique possible, appliquée aux maladies et jusqu’aux accès périodiques d’un malade dont l’état est observé presque comme un phénomène atmosphérique. Dans les Végétaux, elle descend au jardin : l’électro-végétomètre doit capter l’électricité de l’air et la conduire vers les plantes pour favoriser leur croissance. Avec les Météores, elle remonte au ciel, où Bertholon cherche à comprendre par le même fluide la foudre, les trombes, les feux follets et plusieurs phénomènes que le XVIIIe siècle tente encore de ramener à des causes communes.
Cette ambition explique la place singulière qu’il occupe dans la physique des Lumières. Né à Lyon en 1741 et prêtre de la Congrégation de la Mission, Bertholon devient professeur de physique expérimentale à Montpellier et l’un des propagateurs les plus actifs des recherches sur l’électricité. Surnommé le « Franklin du Languedoc », il défend avec ardeur le paratonnerre et voit son expertise sollicitée dans l’affaire célèbre de Saint-Omer, plaidée devant le Conseil d’Artois par le jeune Robespierre en faveur de Vissery de Bois-Valé.
Son goût pour l’application pratique se retrouve partout. Il imagine des appareils, propose des expériences, cherche à protéger les bâtiments de la foudre, les cultures des maladies et jusqu’aux villes des effets des tremblements de terre. Monge lui confiera ensuite une part importante du premier volume du Dictionnaire de physique de l’Encyclopédie méthodique. Plus transmetteur que véritable découvreur, Bertholon rassemble, ordonne et diffuse avec une efficacité remarquable les connaissances électriques de son temps.
Réunis ainsi dès l’époque, ces cinq volumes donnent toute la mesure de son projet : faire passer l’électricité du malade à la plante, de la plante à l’orage, et tenter d’expliquer par un même fluide aussi bien les dérèglements du corps que ceux du ciel.