
Troisième édition du commentaire de Giovanni Andrea Gesualdo sur le Canzoniere et les Trionfi de Pétrarque, après les éditions de 1533 et 1541 données par les Nicolini da Sabbio, imprimée à Venise en 1553 par Gabriele Giolito de’ Ferrari et ses frères.
Le Canzoniere, imprimé en italiques et réparti en deux parties, s’inscrit dans une ample mise en page dominée par le commentaire de Gesualdo. Les Trionfi forment une seconde partie autonome, pourvue de sa propre page de titre et d’une dédicace distincte. Chacune des deux parties porte la marque au phénix de Giolito avec la devise Semper eadem et les initiales G.G.F. ; la page de titre générale est en outre ornée des portraits de Laure et de Pétrarque de part et d’autre d’un portique architecturé. Nombreuses lettrines historiées. Une carte gravée sur bois du site de Vaucluse, étroitement associé aux années de retraite et à l’imaginaire poétique de Pétrarque, figure dans les pièces liminaires. Les six Trionfi sont chacun précédés d’une vignette gravée.
Reliure italienne du XIXe siècle, vers 1840, en demi-chagrin maroquiné cerise à plats de percaline rouge. Dos à quatre faux nerfs plats orné de trois fers et d’encadrements à froid, roulettes sur les nerfs et filets gras à froid ; initiales « CG » dorées dans l’un des caissons. Traces de frottement et taches sur les plats. Titre-frontispice rogné court, avec petits manques aux coins et en marge externe. Mouillures jaune pâle affectant la marge des cinq premiers feuillets préliminaires, puis deux feuillets de la vie de Pétrarque. Cahier 553 détaché. Des feuillets 647 à 657, marge externe grignotée sur environ 1 cm, diminuant progressivement. Rousseurs éparses et claires ; ensemble relativement frais, notamment dans le texte du Canzoniere, avec des rousseurs plus marquées en fin de volume.
Un ex-libris manuscrit ancien, partiellement raturé, se lit au bas de la page de titre générale : « Ex Libris V.I.D. [...] Iacobi Praeconij (olim) ». Cette provenance ancienne demeure à ce jour non identifiée.
Les pièces liminaires comprennent notamment une analyse stylistique ainsi que les vies de Pétrarque et de Laure. Gesualdo inscrit son commentaire dans une tradition exégétique déjà fortement structurée par l’édition d’Alessandro Vellutello, dont le commentaire paraît dès 1525. Huit ans plus tard, Gesualdo propose à son tour une lecture ample et savante du texte pétrarquien, nourrie de culture classique et attentive à des questions très diverses de langue, de style, d’histoire et d’interprétation.
L’édition de 1553 se distingue surtout par la manière dont ses deux grandes parties se placent sous deux patronages féminins différents. Le Canzoniere est dédié à Maria di Cardona, marquise de la Padula et comtesse d’Avellino, figure importante des milieux aristocratiques et littéraires napolitains. Les Trionfi, eux, sont dédiés à Susanna Gonzaga, comtesse de Collesano. Cette seconde dédicace semble aller au-delà du simple hommage : les textes liminaires laissent entendre que Susanna Gonzaga aurait joué un rôle direct dans la commande ou l’encouragement du commentaire consacré aux Trionfi.
La structure même du volume reflète ainsi deux réseaux de mécénat féminin qui participent à la réception de Pétrarque dans l’Italie du XVIe siècle. Loin de n’être que des noms placés en tête d’ouvrage, Maria di Cardona et Susanna Gonzaga inscrivent chacune une partie du commentaire dans un espace de sociabilité aristocratique où poésie, érudition et patronage se répondent.
Par la richesse de son appareil critique et iconographique, mais surtout par cette double dédicace qui partage le Canzoniere et les Trionfi entre deux figures féminines de la noblesse italienne, cette édition de Giolito offre un témoignage particulièrement révélateur de la manière dont l’œuvre de Pétrarque circulait, se commentait et se reconfigurait au sein des réseaux savants et aristocratiques de la Renaissance.