
Edition originale, un des 100 exemplaires réimposés in-4 couronne, le nôtre un des 64 numérotés sur annam de rives,
Deux restaurations sur le dos, sinon agréable exemplaire.
Ouvrage illustré de 5 dessins de Giorgio de Chirico.
Comme il l'est signalé à la justification du tirage, notre exemplaire comporte bien les deux eaux-fortes originales de Giorgio de Chirico qu'il a signées et justifiées au crayon de papier.
C'est à partir de 1925, lorsque Giorgio de Chirico revient à Paris, que Jean Cocteau commence à manifester son intérêt pour l'inventeur de la peinture métaphysique. Chirico inaugure alors une nouvelle manière de peindre et expose ses toiles récentes à la galerie Léonce Rosenberg. Bien vite il devient la cible des surréalistes enragés, qui organisent une contre-exposition "des tableaux "métaphysiques" qu'ils possèdent, dans une petite boutique qu'ils ont ouverte rue Jacques-Callot, et Aragon rédige le texte d'un catalogue-préface qui excommunie la nouvelle manière du peintre au seul bénéfice des tableaux "métaphysiques". Dans la vitrine de leur galerie, ils exposent une parodie des tableaux intitulés Meubles en plein air." (Jean Cocteau, L'homme et les miroirs).
Cocteau, lui-même ostracisé par les puritains du mouvement, prend la défense du peintre appuyé de cinq de ses dessins : "De cette admiration pour Chirico naît un petit livre, le Mystère laïc, suite d'aphorismes sur la peinture, Picasso, Bérard, et, en premier plan, Chirico. Il sera publié en 1928 aux Editions des Quatre-Chemins dont s'occupera Maurice Sachs [...] Après l'essai sur Picasso, paru en 1923, c'est le livre où Cocteau traite le plus directement de la peinture. Mais il en traite, ici comme là, en poète plus qu'en peintre." (ibid.)
Le peintre du mystère sera bien embarrassé de voir ses secrets exposés - car peu d'artistes aiment qu'on parle de leur oeuvre. A propos du Mystère laïc, Chirico écrira plus tard dans ses mémoires écrites en 1945 :"Je suis très reconnaissant envers Jean Cocteau pour l'intérêt qu'il m'a témoigné, mais je dois dire que je n'approuve absolument pas le genre de louanges qu'il m'adresse ni l'explication qu'il veut donner de mes tableaux" . Une analyse empreinte de poésie certes, qui s'éloigne sans doute de l'intention de l'artiste, agacé "de se voir qualifier, entre les lignes, de "maniaque" ou, directement, de "monstre de naïveté" comme le souligne Joël Roucloux (L'oracle et l'énigme. Cocteau peintre de de Chirico).
Mais Cocteau a malgré tout livré d'immortelles lignes soulignant l'affinité de de Chirico avec la Grèce, l'innovation de ses objets métaphysiques, et prédit bien avant Marcel Duchamp la réhabilitation future de l'œuvre de Chirico :
"Nous vivons au milieu d'une rosace de circonstances dont l'infirmité humaine nous empêche d'embrasser d'un coup d'œil le dessin total. Ainsi, un certain ordre de motifs triomphe toujours d'un autre, mais il n'est pas dit pour cela que nous trouverons beau, bien, ce qui gagne en fin de compte et laid, mal, ce qui perd en fin de compte [...]".
Superbe exemplaire de cet essai critique sous forme d'un poème en prose, magistrale louange du peintre du "mystère laïc", divinisé et honni par les surréalistes.