
Nouvelle édition en partie originale car augmentée d'une préface.
Petites déchirures en tête et en pied du dos, quelques petites taches et déchirures en marges des plats.
Envoi autographe signé de Marguerite Yourcenar à Jane Bathori, mezzo-soprano française, cheffe de chœur, professeure, directrice de théâtre, réalisatrice, enrichi d'une expression en grec employée pour désigner l'empereur Hadrien, le "souverain virtuose" : "βασιλευς Μουσικοτατος" en hommage au talent de la dédicataire.
« Yourcenar [appartient] à ces générations pour qui l'homosexualité était une élection réservée à un petit nombre d'esprits choisis. » remarque Dominique Fernandez. C’est justement à un autre de ces esprits choisis que Yourcenar fait référence par cet envoi à l'interprète qui créa de nombreuses mélodies de Debussy, Ravel et Satie, mais aussi Arthur Honegger, Darius Milhaud et Francis Poulenc parmi tant d’autres.
Cet envoi survient peu de temps après la parution des Mémoires d'Hadrien, en 1951, ce qui explique cet emploi de l'épithète emprunté à Athénée de Naucratis dans ses Deipnosophistes. Il n'est pas non plus anodin que cet envoi figure sur la réédition de ce premier ouvrage, Alexis, ou le traité du vain combat, prenant la forme d'une longue lettre d'un homme à sa femme qu'il quitte pour assumer son homosexualité, sans jamais pour autant nommer ainsi son penchant naturel. Dans sa préface à cette réédition, l'autrice déclarait : « J'ai parfois songé à composer une réponse de Monique, qui sans contredire en rien la confidence d'Alexis, éclairerait sur certains points cette aventure, et nous donnerait de la jeune femme une image moins idéalisée, mais plus complète. J'y ai pour le moment renoncé. Rien n'est plus secret qu'une existence féminine. ». On ne sait si Yourcenar avait connaissance du premier mariage (de convenance ?) de Bathori à Engel, son maître de chant. Devenue veuve en 1927, Bathori avait entamé en 1935 une liaison avec la partenaire de sa vie, l'actrice Andrée Tainsy. Les destins de la chanteuse et l'autrice sont similaires : elles s'exilent toutes deux pendant la seconde guerre mondiale avec leur compagnes : Jane Bathori en Argentine, avec Andrée Tainsy ; Yourcenar aux côtés de Grace Frick, aux Etats-Unis, qui deviendra son pays d'adoption.
Beau témoignage d’amitié d’une des plus belles plumes françaises à l'une des grandes grandes interprètes de la musique contemporaine.