
Précieux envoi autographe signé de Romain Gary au joailler Alexandre Reza :
Nous joignons, sur un feuillet remplié de papier calque, un dessin original en couleurs du joailler Alexandre Reza représentant une bague et légendé "Jonquille" N°33."
Gary au faîte de sa gloire adressa cet envoi à un joaillier très en vue de la place Vendôme, dont les créations s’arrachent encore aujourd’hui aux enchères :
"A Alexandre Reza, en souvenir des pierres précieuses de notre jeunesse. Romain Gary 1er décembre 1970."
Gary et Reza partagent des origines très similaires – enfants juifs nés dans l’Empire russe, déplacés et ballotés avant de former leurs premières racines dans cette « chère ville de Nice presque natale » (Romain Gary, (éd. Mireille Sacotte), Légendes du je, 2009, p. 704). Né en 1922, Reza fréquente les mêmes établissements scolaires niçois que Gary quelques années après lui.
On ne sait si la mère du futur écrivain, Mina Kacew, qui colportait des bijoux pour subvenir aux besoins de son fils, a fréquenté la boutique sise rue de France tenue par le père de Reza, joaillier lui aussi.
Seul cet envoi semble attester de leur amitié d’enfance – Gary n’aura jamais été très loquace sur les détails de sa jeunesse. Il a « enveloppé dans une brume poétique une adolescence finalement austère vouée à l'étude » comme le remarque Dominique Bona : « Il n'évoquera pas du tout sa vie au lycée, ses tableaux d'honneur ni ses prix de français. Il ne citera pas le nom de ses anciens camarades. Dans sa narration pittoresque, il a toujours gardé un certain recul, par rapport aux événements qu'il a pu vivre, et volontairement sans doute conservé un certain vague sur tout son passé.
Il faudra donc avoir recours aux témoins de son adolescence - aux amis de classe comme Pierre Darmon, François Bondy, Sacha Kardo-Sessodf, aux amis les plus proches, Sylvia et René Agid, ou au voisinage, aux commerçants de la Buffa ou aux propriétaires par exemple du café Washington pour reconstituer le puzzle de ses souvenirs éclatés. »
Mais certains sont restés silencieux, comme le grand Reza, le « joaillier du Gotha », ce même Gotha dont fera partie Romain Gary devenu écrivain célébrissime. Les bijoux demeurèrent omniprésents dans l'œuvre de Gary : la misère dissimulée sous l'apparat, le mensonge vital, la dignité préservée à tout prix. Ils sont à la fois instrument de survie et signe de la comédie sociale que Mina avait joué pour son fils et dont il s’inspirera pour son roman Lady L.
Les destinées de Reza et Gary se croisent également pendant la guerre. Tous deux s’engagent dans la Résistance : on ne compte plus les innombrables faits d’armes et décorations de Gary ; Reza fut quant à lui décoré Commandeur de la Légion d'honneur, de la Croix des Anciens combattants et des Victimes de guerre, et de la Médaille du Combattant volontaire de la Résistance. Il semble qu’ils aient maintenu un lien pendant de nombreuses années, finalement révélé par les mots de Gary dans ce précieux envoi.
Précieux apport à la biographie de Gary à travers son envoi sur cet exemplaire, rapprochant deux exilés russophiles juifs de Nice, élevés parmi les pierres précieuses et parvenus au sommet de leur art.