
Album de la promotion de 1876 de l’École polytechnique réalisé par François Gobinet de Villecholle, dit Franck, photographe attitré des polytechniciens.
Reliure en pleine percaline brune, dos lisse, encadrements estampés à froid sur les plats, inscription "École Polytechnique" et ornement dorés au premier plat, nom de l’éditeur estampé à froid, contreplats de papier peigné, tranches dorées. Reliure légèrement frottée, quelques marques au dos, aux coiffes et aux coupes, déchirures en tête du dos, feuillets légèrement brunis et gondolés.
Exemplaire personnel d’E. Magnant, élève de la promotion, sorti 168e dans l’artillerie : son ex-libris manuscrit figure sur la page de garde, et son portrait prend place dans l’album.
Album annoté réunissant notamment les portraits de plusieurs polytechniciens devenus célèbres.
L’album s’ouvre sur une page manuscrite qui dresse le bilan de la promotion. On y apprend que la grande majorité des élèves a été versée dans l’armée (artillerie de terre, génie, artillerie de marine), tandis que trois élèves seulement, parmi les mieux classés, ont pu intégrer le corps des Mines, et vingt et un celui des Ponts et Chaussées. Les autres se partagent entre le génie maritime, les manufactures de l’État, les télégraphes, le commissariat de la marine et les poudres et salpêtres. L’armée, généralement moins recherchée par les élèves les mieux classés, absorbe ainsi l’essentiel de la promotion quelques années après la défaite de 1870, alors que l’effectif des promotions avait été doublé dès 1872, notamment pour répondre au besoin d’officiers.
Les annotations de la main du propriétaire suivent le destin de ses camarades au fil des pages. Sous la plupart des portraits figurent le rang de sortie et le corps obtenu, ainsi que la mention des démissions et des décès. Lorsqu’une photographie manque, une note manuscrite en indique la raison : il s’agit le plus souvent d’élèves décédés avant la prise de vue.
La promotion réunit quelques destins remarquables. Robert Nivelle, reçu la même année à Saint-Cyr et à Polytechnique, choisit l’X et en sort dans l’artillerie, comme la plupart de ses camarades. Quarante ans plus tard, ses succès devant Verdun à l’automne 1916, où il fait usage du barrage roulant, lui valent le commandement en chef des armées françaises du Nord et du Nord-Est. Il en est pourtant relevé en mai 1917, moins d’un mois après le déclenchement de l’offensive meurtrière du Chemin des Dames. Léon Charles Thévenin a laissé son nom à un théorème d’électricité que les étudiants apprennent encore aujourd’hui. Robert Bourgeois, fils d’un manufacturier alsacien qui avait opté pour la France après 1870, sort 44e sur 258, mène une carrière d’artilleur jusqu’au grade de général de division et revient à l’École comme professeur d’astronomie et de géodésie de 1908 à 1929. Plus modeste mais non moins durable est la postérité de Fernand Magnan, dont le portrait figure juste avant celui du propriétaire de l’album : une tradition de l’École veut que le mot "magnan", qui désigne le réfectoire dans l’argot polytechnicien, vienne de ce camarade réputé gourmet.
Témoignage singulier sur une promotion polytechnicienne, où la photographie officielle se double d’une chronique tenue par l’un de ses membres.