Dernière édition clandestine de ce chef-d'œuvre de la littérature de la Résistance, publiée à 2100 ex, le nôtre un des 100 exemplaires numérotés sur papier couché, seul grand papier. Imprimée à Aurillac, dès la libération de la ville en aout 1943, alors qu'une partie du département est encore occupé, cette "seconde édition" à l'initiative du Comité National des Intellectuels, Section du Cantal, ne porte pas encore le nom de son auteur qui ne sera révélé que dans la première édition publique en octobre 1944, à l'occasion de la réédition de tous les volumes publiés sous l'Occupation.
Une petite pliure en pied du premier plat atteignant aussi les feuillets suivants, infimes piqûres en marge droite du premier plat.
D'abord paru, sans doute simultanément, en zone nord sous forme de tract par « Les éditions de Minuit » et en zone sud, en brochure artisanale (la couverture était du papier peint) inaugurant la célèbre « Bibliothèque française », ce long poème paraitra ensuite une première fois en volume en octobre 1943 avant qu'il ne soit décidé de réaliser enfin un tirage de luxe « destiné à honorer les contributions financières des bibliophiles résistants ».
Le Musée Grévin, considéré dès sa parution comme « Les Châtiments de 1943 » (Les étoiles, déc. 1943, n° 14), restera avec Liberté de Paul éluard, « un des chefs-d'œuvre de la littérature clandestine ». Dans L'Intelligence en guerre parue dès 1945, Louis Parrot, écrira à son propos : « ce poème, traversé d'images éblouissantes, est en même temps qu'une condamnation sans appel des traîtres, une prière, un acte de fois envers leurs malheureuses victimes. Il peint en termes vengeurs, les misérables qui les livrèrent aux bourreaux et évoque le visage de tant de femmes françaises torturées. »
Ce poème capital est en effet une des toutes premières évocations publiques, et la première littéraire, du camp d'Auschwitz : « Aux confins de Pologne, existe une géhenne dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson. Ausschwitz?! Ausschwitz?! Ausschwitz?! ô syllabes sanglantes?! Ici l'on vit, ici l'on meurt à petit feu. On appelle cela l'exécution lente. Une part de nos cœurs y périt peu à peu?».
Exceptionnel exemplaire imprimé sur beau papier, véritable acte de guerre dont on imagine la périlleuse opération pour se procurer du papier de luxe dans une France où les nazis contrôlait la production de papier à imprimer à travers le Comité d'organisation des industries, arts et commerces du livre (COIACL).
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